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Un voeu pieux

Manque de piscines, craintes sécuritaires : l’école n’apprend pas à nager

A combien d’enfants l’école apprend-elle à nager ?

Difficile de répondre à cette question, a priori simple, et qui apparaîtra même saugrenue à tous ceux imaginant que l’Education nationale se charge d’enseigner la natation aux différentes générations d’élèves.

« Ça, c’est un voeu pieux », dit sans ambages Faride Hamana, secrétaire général de la FCPE, l’une des deux fédérations de parents d’élèves. « La finalité éducative, explique-t-il, c’est que l’enfant se sente à l’aise dans l’eau, ce n’est pas d’apprendre à nager. Il ne peut y avoir d’obligation de résultat. » Et M. Hamana, pour avoir accompagné plusieurs classes à la piscine, d’arriver à une conclusion que partageront tous les parents ayant appris eux-mêmes à nager à leur progéniture l’été : « Si l’enfant a pu, grâce à l’école, se familiariser avec l’eau, c’est aux familles de prendre le relais. »

André Fermis, de la Peep, l’autre fédération de parents d’élèves, confirme le diagnostic : « L’objectif, c’est que les enfants sortent tous du primaire en sachant nager. Mais l’Éducation nationale n’a pas les moyens financiers de le réaliser. C’est comme dans toutes les autres matières : si l’élève suit, il suit, sinon... il ne suit pas ! »

A ce jour, la natation, plutôt réservée aux classes du primaire, n’est l’objet d’aucune évaluation en cours de scolarité, et les épreuves de piscine au baccalauréat restent optionnelles. « Le savoir nager » est pourtant au programme. « Il est indispensable, au même titre que le savoir lire », notait le député PS Laurent Cathala, dans un rapport sur l’éducation physique rendu au premier ministre, le 8 avril 2002.

Dans ce document, qui n’est pas si vieux pour ne pas servir encore de référence, Laurent Cathala notamment écrivait : « La répartition des piscines sur le territoire est inégalitaire. Les problèmes des déplacements et des coûts de location amènent certains établissements à renoncer à cet enseignement. On peut estimer, poursuivait le député, que près d’un élève sur cinq n’accédera pas à l’enseignement de la natation au cours de sa scolarité, faute d’équipement disponible. » Et « on peut estimer qu’environ 40% des établissements du second degré ne programment pas de natation ».

De fait, le coût d’une piscine couverte est élevé. En charge des équipements sportifs parisiens, Rémy Vieille indique qu’il faut débourser « 15 millions d’euros pour une piscine moyenne, avec un bassin de 25 mètres ». Sans doute le même équipement ne coûtera-t-il « que » 10 millions d’euros dans une ville moyenne de province. Mais après, il y a les frais de fonctionnement, semblables sur tout le territoire. « Il vaut mieux parler en déficit de fonctionnement, car les piscines sont structurellement déficitaires », précise Rémy Vieille. L’ardoise, selon lui, est de « 500 000 à 600 000 euros » par piscine et par an.

Quand existe la piscine - et bien que le parc soit ancien, la France dispose d’un grand nombre de bassins couverts - il faut ensuite gérer les créneaux horaires, le roulement entre les classes, les problèmes de sécurité, la répartition des tâches entre maîtres nageurs, professeurs et accompagnateurs bénévoles... En 2003, sur Paris, un conflit entre professeurs de la ville et maîtres nageurs, tous pourtant rémunérés par la municipalité, a privé pendant un an les élèves de natation. Ancienne et récurrente demande que celle des maîtres nageurs de pouvoir enseigner avec les mêmes avantages que les professeurs d’éducation physique...

D’ailleurs, la grogne à nouveau couve. « Il y a 500 noyés par an, mais l’Éducation nationale veut se passer des maîtres nageurs pour apprendre à nager aux enfants », fulmine Vincent Dezeustre, du syndicat des maîtres nageurs. En cause, les circulaires prises lors de cette rentrée scolaire, qui ont réaffirmé le rôle de surveillance dévolu aux maîtres nageurs. À charge pour les professeurs d’enseigner aux élèves le minimum : « Parcourir environ quinze mètres sans appui ni brassière. » Etape indispensable avant le « savoir nager » du secondaire.

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