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Etablissements hospitaliers  ESF Saint-Antoine 
Accompagner une femme pendant son accouchement

Ce texte n’est qu’une synthèse rapide, destinée aux personnes ayant participé à une réflexion approfondie, dans le cadre d’une formation ou d’une conférence. Tous les éléments de cette étude ne sont pas repris ici et certains d’entre eux peuvent manquer pour la compréhension d’une personne qui n’a pas participé à cette réflexion.

Etude de la proposition : "Inspirez, bloquez, poussez"

"Inspirez !"

Nous avons vu que cette consigne peut obtenir globalement deux réponses :

- Une inspiration diaphragmatique, qui se caractérise par le bombement de l’abdomen, c’est à dire, la projection, vers le bas et vers l’avant, du contenu abdominal, selon l’amplitude qu’autorise la tonicité de la sangle abdominale.

- Une inspiration thoracique, qui s’observe à partir du creusement de l’abdomen, dû à la dépression créée par l’élévation des côtes. Le contenu abdominal recule et monte.

Il semble que la première réponse soit la plus pertinente, car la mieux orientée, dans la perspective de la naissance.

Nous avons vu aussi que s’il était possible d’apprendre à une femme la meilleure inspiration dans ce contexte, cela était très insuffisant pour qu’elle mette cette inspiration en œuvre dès qu’elle tient les barres pour répondre à la suite de la proposition : "Bloquez ! Poussez !"

En effet, en tenant les barres, cette femme fixe ses épaules et donc ses pectoraux, privilégiant ainsi leur contraction et l’élévation des côtes au moment de l’inspiration. Ce phénomène est observable à la fin d’un effort, lorsque la tête de l’enfant est arrivée à la vulve. Au moment de l’inspiration, la tête remonte.

D’autre part, cette position pour tenir les barres amène la femme à fléchir sa tête et à la soulever de son appui. Nous avons vu que ce mouvement oblige la contraction des grands droits de l’abdomen, et, par synergie, la mise en tension du périnée. Ce qui ne va pas dans le bon sens pour la suite des événements.

"Bloquez !"

C’est à la glotte que s’effectue le blocage, après une grande inspiration, mais sur le temps expiratoire. C’est parce que la glotte est fermée et que l’air ne peut sortir que nous pouvons éprouver le blocage. C’est aussi une façon efficace d’attirer l’attention vers le haut au moment où la femme a bien besoin de se centrer sur le mouvement qu’elle peut organiser vers le bas avec ses abdominaux.

Après avoir bloqué la sortie de l’air, la femme doit pousser. Elle “pousse” avec ses abdominaux, réduisant ainsi le volume thoracique, ce qui a pour effet d’augmenter la pression intra thoracique. La proposition "Inspirez, bloquez, poussez", et notamment le fait de bloquer, sert à fabriquer de l’air comprimé. La haute pression ainsi créée dans le thorax est intégralement transmise dans l’abdomen. Cette pression ne suffit pas pour faire progresser le bébé vers le bas. Pour ce résultat, un gradient de pression est nécessaire, la pression doit être plus importante en haut de l’abdomen qu’en bas.

Quoiqu’il en soit, cette surpression a pour conséquence immédiate l’augmentation de la tension périnéale.

"Poussez !"

Nous ne pouvons pousser que sur quelque chose qui résiste. Dans les autres cas, nous déplaçons. En réponse à cette proposition, la femme pousse avec ses abdominaux sur la résistance qu’elle organise nécessairement. Dans un premier temps, la femme pousse souvent sur sa glotte. Devant l’inefficacité de cet effort, les professionnels invitent souvent à agir plus fort, ce qui a pour conséquence les pétéchiales du lendemain.

Lorsque l’effort est orienté vers le bas, c’est avec son périnée qu’elle organise la résistance. Pour que l’enfant progresse au-delà du plancher pelvien, la femme doit pousser plus fort avec ses abdominaux, qu’elle ne résiste avec son périnée. Elle doit aussi “pousser” au-delà de son périnée, et non sur celui-ci, comme elle est souvent invitée à le faire par une sage-femme qui pose deux doigts sur sa vulve.

Nous pouvons nous interroger sur les conséquences pour le périnée de cet effort violent et sur le fait qu’un muscle, qui n’est pas en extrême tension, ne se déchire pas.

Physiologiquement, la méthode est iatrogène. En cardiologie, elle s’appelle la méthode de Valsalva et sert à étudier la résistance cardiaque d’un individu, en créant une défaillance. Pour cette raison, l’expulsion doit être rapide, dans l’intérêt de la femme et de l’enfant.

Cependant, la proposition : "Inspirez, bloquez, poussez" devient pertinente, ponctuellement, lorsqu’une tête se présente mal – la dépression abdominale haute qui, lors de l’inspiration, fait remonter le bébé, peut entraîner une meilleure présentation de la tête, lors de la descente suivante – ou dans le cas d’un siège, pour expulser la tête dernière alors inaccessible aux abdominaux.

Etude de la proposition : "Approchez vos côtes de votre bassin"

Ceux qui ont souhaité trouver une consigne plus pertinente que "Inspirez, bloquez, poussez", ont pensé à "expirez !". Sûrement parce que les acteurs de la respiration sont les plus proches voisins de l’utérus. Cette consigne présente des inconvénients similaires à la proposition précédente. Le concept de pousser reste corrélatif à une résistance. D’autre part, si "Inspirez !" autorise deux réponses, "expirez !" en autorise plusieurs.

De toutes façons, ce n’est pas l’air qui sort qui déplace le bébé, mais l’action des abdominaux du haut vers le bas. Comment faites-vous un tel geste ? La plupart des personnes répondent : "en soufflant", parce que nous avons besoin d’une représentation pour organiser un mouvement. Mais comment faites-vous pour souffler ? La réponse est plus dure à trouver. Toutes les représentations sont évoquées. Certains disent : "En serrant le ventre" ou "En approchant les côtes vers le bas."

En fait, l’action efficace des abdominaux du haut vers le bas, la seule qui puisse déplacer le bébé, est obtenue en approchant les côtes vers le bassin. L’expiration se déroule en même temps, mais reste un épiphénomène sur lequel il n’est pas judicieux de centrer l’attention de la femme.

La femme n’interrompant pas sa respiration, rien ne presse lors de l’expulsion. Sa durée n’est pas, pour autant plus longue. Le déplacement de l’enfant progressant sur le temps expiratoire, la tension du périnée est moindre et la tête arrivée sur la vulve ne remonte pas.

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