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De la préparation à un accompagnement global

De la préparation à un accompagnement global [1]

Une femme prépare son accouchement car cet événement n’est pas suffisamment familier pour lui permettre de l’envisager à partir de ses perceptions antérieures. Son apprentissage n’est pas simple : réaliser qu’elle n’est pas passivement habitée comme au début de sa grossesse, concevoir qu’elle devient progressivement l’actrice principale de sa maternité, accepter qu’elle ait le premier rôle le jour de son accouchement et comprendre son corps dans une situation qui ne peut faire référence à son fonctionnement ordinaire. Les séances traditionnelles de préparation semblent souvent insuffisantes et sont en tout cas bien tardives pour aborder cet imposant programme. [2]

Eclairons pour commencer une importante méprise. Se préparer A l’accouchement ou A la naissance ne présente que peu d’intérêt, se prépare-t-on AU voyage ? Non, nous préparons notre prochain voyage. Une femme prépare LA naissance de SON enfant. Elle prépare SON accouchement. La naissance et l’accouchement ne sont pas des valeurs absolues auxquelles une femme peut SE préparer mais des événements qu’elle peut préparer car ils sont affectivement, culturellement, sociologiquement attachés à l’histoire de deux personnes et à la construction d’une famille. Comme l’écrit Emmanuel Galactéros : "... la naissance ne se réduit pas au processus naturel de reproduction. C’est aussi un acte senti, ressenti, éprouvé, imaginé, sexualisé, symbolisé, représenté, parlé avec le corps et avec les mots, inscrit depuis l’enfance dans la communication entre de nombreuses personnes ... pour le professionnel et pour les parents" [3]. Evidemment, de façon différente pour chacun.

« Se préparer à », comme si l’accouchement était une formalité identique pour toutes les femmes ; « préparer les femmes », comme si quelqu’un possédait LA recette miracle ; « accoucher une femme » comme s’il était acceptable de se rapprocher de la "vidange utérine sur rendez-vous" ... Ces expressions sont des locutions impropres qui, par le mal dit, évoquent remarquablement le malentendu. Qui fait quoi et comment ?

Pour répondre à ces interrogations et à celles qui ne manqueront pas de surgir à leur suite, nous pouvons approcher autrement ce vaste sujet en se posant une question peu coutumière, qui peut même nous paraître insolite :

"Mais que font-elles pour rester enceintes ?"

STOP ! Arrêtez de lire. Fermez cette revue et formulez vos réponses. Jouez le jeu et vous enrichirez cette lecture de votre participation active.

En interrogeant des femmes sur leurs perceptions vous conclurez : "Elles ne font rien", "Ca se fait tout seul", "Elles attendent". Ah ! Bien sur, elles surveillent leur alimentation et diminuent leur consommation d’alcool et de tabac, elles se reposent et réduisent ou suppriment tout ce qui peut être contre indiqué à leur état, elles adaptent ou arrêtent leurs activités sportives, ... mais quand bien même une d’entre elles n’adopte pas ces mesures visant une meilleure hygiène de vie, sa grossesse n’en est pas pour autant interrompue. Pour rester enceintes elles n’ont pas l’impression d’être actrices de quoi que ce soit. Cependant, elles doivent bien faire quelque chose puisque certaines d’entre elles n’ont pas la chance de mener leur grossesse à terme et encore plus nombreuses sont celles qui se trouvent, à un moment, en "menace d’accouchement prématuré".

Le grand public et de nombreux professionnels estiment qu’il suffit que le temps de la gestation [4] s’écoule et que la nature fasse son œuvre pour que la naissance soit une fête. D’ailleurs, la passivité des premiers mois peut-elle aider une femme à envisager une participation plus astreignante par la suite ? Tout le monde compte beaucoup sur la nature et sur l’enfant tout puissant. Nous le disons tous : "Elle ATTEND un bébé."

L’utérus est l’organe de la gestation. Son poids augmente au fil des semaines et, vers le cinquième mois, ses ligaments ne peuvent plus assurer sa fixation. Cependant, sa taille le met à la portée des muscles abdominaux qui vont le maintenir.

Dès lors, le rôle de la femme devient prépondérant pour rester enceinte

L’utérus est contenu dans son ventre, non pas parce qu’il est fermé, mais parce que ses muscles le ferment. Elle tient son utérus avec ses abdominaux comme elle le fait avec ses mains, mais elle a moins l’habitude de sentir ce qu’elle fait avec ses abdominaux qu’avec ses mains. C’est elle qui sans le savoir, à l’aide du tonus de ses muscles, tient son utérus et son bébé plus ou moins haut. C’est également elle qui, dans certains cas, sans le sentir, peut le laisser trop descendre et favoriser des contractions gênantes ou le retenir trop haut et allonger sa période de terme.

L’utérus placé trop bas dans l’abdomen, le fœtus n’est plus soutenu par les muscles et il pèse alors sur le segment inférieur et le déplisse jusqu’à empêcher son rôle d’amortisseur des contractions. Ainsi, le col de l’utérus peut se modifier et la femme peut présenter une menace d’accouchement prématuré.

L’utérus porté plus haut par les muscles abdominaux, le fœtus est maintenu et n’appuie pas sur le segment inférieur. Il n’affecte pas son aptitude à amortir les contractions utérines qui ainsi n’atteignent pas le col. Avec le temps qui passe, l’action de la femme devient prépondérante. Sans se représenter ce qu’elle fait, comme bon nombre de ses actions quotidiennes, elle développe cette fonction spécifique à la grossesse : le portage.

En général, cela suffit au bon déroulement de sa grossesse, mais quelques fois, pour différentes raisons, elle n’exerce pas cette capacité ou cesse de l’exercer. Accompagnée par un professionnel ou par une équipe, pendant une consultation, au cours d’une échographie, dans le cadre d’une séance de groupe, elle peut percevoir cette faculté, la mettre en œuvre et l’actualiser selon ses besoins et selon ses activités.

Préparer la naissance de son enfant commence par découvrir l’étendue de ses capacités et apprendre à agir

Après un début bien organisé où la nature et le fœtus semblent tout diriger et tout maîtriser, c’est "prendre en ventre" son utérus et le porter jusqu’au terme de sa grossesse. C’est envisager la place active du père dans une période où il est bien souvent réduit à un rôle de figurant. C’est, ensemble, parcourir le chemin initiatique [5] pour devenir des parents.

Préparer son accouchement c’est, au début de sa grossesse, porter son utérus plutôt haut dans son abdomen. C’est apprendre à le tenir selon la nécessité imposée par les contraintes rencontrées au quotidien. Pendant le dernier mois de la gestation, c’est le laisser descendre puis favoriser cette descente pour que l’ampliation du segment inférieur se fasse, progressivement, avant la survenue des contractions du début de travail. Enfin, c’est déplacer le bébé vers la sortie en utilisant la même attitude et le même geste.

En dehors d’un contexte pathologique, des professionnels jouent chacun un rôle important auprès d’une femme enceinte, mais seul celui de cette femme est primordial. Qu’elle Ie souhaite ou non, elle occupe Ie haut de l’affiche et, autour d’elle, on se partage les utilités. Quelle information lui donner ? Quelle attitude ou quel mouvement lui apprendre ? Que lui enseigner ?

La pertinence doit soutenir nos propositions

Il est plus utile pour elle de comprendre [6] que de savoir [7]. Expliquer ce qu’elle devra faire, raconter ce que l’on va lui faire, n’élève pas cette femme à sa position d’actrice principale dans cette conjoncture. Lui décrire ce qui risque de lui arriver revient à lui exposer ce qu’on lui fera si cela se passe mal et à l’éloigner de la part active qu’elle peut prendre dès à présent. Mieux vaut l’aider à découvrir ses possibilités d’action dans cette situation inhabituelle, SA grossesse.

Quelles que soient nos intentions, une femme ne prépare son accouchement ou la naissance de son enfant qu’à partir des images qu’elle s’est fabriquées tout au long de sa vie. A trop lui parler de nos connaissances et de notre expérience, nous prenons le risque d’évoquer uniquement nos propres représentations sur le sujet. Celles-ci ne peuvent lui servir de repères que si elle assimile et intègre ces données. Cela est peu probable sur la seule base d’une écoute attentive.

« Que comptez-vous faire pour accoucher ? »

Ce type de questionnement implique immédiatement les femmes dans une démarche plus dynamique et efficace. Quelques-unes restent muettes, d’autres ne savent pas répondre, d’autres ont une petite idée et veulent bien en parler, d’autres encore répondent que, le moment venu, elles viendront vous voir à la maternité, ... "Vous viendrez à la maternité, une équipe sera là pour vous accueillir mais c’est vous qui mettrez votre enfant au monde, qu’allez vous faire ?"

Le débat est lancé. Vous avez les éléments pour soutenir la réflexion du groupe [8] et définir, en son sein, les différentes possibilités d’action, en évitant de réduire la participation active de chacune à l’apprentissage d’une méthode. Il est plus utile et efficace de s’inscrire dans une logique : la connaissance des mouvements qui mobilisent son utérus. A la portée de chaque femme, ces gestes mis en œuvre garantissent le confort de sa grossesse. Lorsque son col est à dilatation complète, elle peut les amplifier et les poursuivre vers le bas pour déplacer son enfant jusqu’au monde extérieur.

Le portage, dont les variations et les modalités nous amènent à parler à bon escient de mobilité utérine, est la spécificité de la femme enceinte en ce qui concerne son activité motrice. Les autres suggestions visant sa pratique corporelle sont certes intéressantes et importantes, mais elles sont centrées sur la femme, l’adulte, et non sur son état gravidique. En effet, la détente et la relaxation, qui lui font tant de bien, sont à prescrire, dans notre vie trépidante, à la quasi-totalité de la population. Egalement pour ce qui est des propositions sur les thèmes du bassin, de la colonne vertébrale et de la réduction des maux du dos. Quant au périnée et à sa restauration, lorsqu’on nous vend des couches pour adultes à 20 h 30 à la télévision, nous avons passé depuis longtemps l’époque où il était le domaine quasi exclusif de la jeune accouchée primipare.

Dans la mesure où depuis le début de notre existence, nous n’avons pas développé une connaissance de notre corps suffisante pour mener à bien une situation aussi différente de nos habitudes, préparer son accouchement c’est se ménager un espace de réflexion, de perception et de mise en œuvre. C’est entendre parler de ses capacités et de la possibilité de les exercer. Ce n’est pas apprendre à subir une épreuve mais apprendre à agir, car la passivité ne préserve pas des ennuis, elle les crée. Cet espace nécessaire ne doit pas demeurer l’exclusivité et l’apanage des séances dites de préparation auxquelles participe seulement une femme sur trois. Nous devons l’envisager, depuis la première consultation jusqu’après la naissance de l’enfant, dans l’organisation d’un accompagnement global par un professionnel ou par une équipe. Cette ambition exige sans doute de se former, d’élaborer un projet mais aussi de revendiquer un rôle important, mais second, auprès d’une femme ou d’un couple, pour l’accompagner réellement tout au long de sa grossesse et au moment de la naissance de son enfant.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 279 / Janvier 2000 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique


[1] Considéré dans son ensemble, du point de vue de ses structures, de sa culture, de sa population, de son fonctionnement.

[2] II est important que le lecteur sache que cet exposé s’appuie délibérément sur les travaux de Jean-Paul Renner, obstétricien, et notamment sur le vidéogramme qu’il a réalisé en 1993 "Préparer son accouchement". Nous animons, ensemble et séparément, des formations à destination des personnels de la maternité et en particulier des sages-femmes, qu’elles exercent en libéral, clinique, hôpital ou P.M I.

[3] "Eprouver ... partager ou la fonction de communication", Les Dossiers de l’Obstétrique, N° 198 septembre 1992.

[4] Etat d’une femelle qui porte son petit, depuis la conception jusqu’à l’accouchement. Travail latent* qui prépare la naissance, la mise à jour d’une création de l’esprit, d’une situation nouvelle. * Qui demeure caché, ne se manifeste pas.

[5] Relatif à une initiation*. * Action de donner ou de recevoir les premiers éléments d’une science, d’un art, d’un jeu, d’une pratique, d’un mode de vie ...

[6] Etre capable de faire correspondre à quelque chose une idée claire.

[7] Appréhender par la connaissance.

[8] Le même accompagnement peut se faire avec une femme seule ou avec un couple, pendant une consultation ou une autre rencontre.

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