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Etablissements hospitaliers  ESF Saint-Antoine 
Notre regard sur les activités aquatiques pré et post natales

« Les préparations proposées aux femmes enceintes et aux couples se multiplient et se diversifient. Elles sont souvent associées à une technique corporelle en promettant le succès espéré. »

Parmi toutes ces activités, prenons I’exemple du yoga. Toute vie est yoga. Le yoga est un état, une façon de vivre différemment au quotidien. De cette notion très large du yoga, ne sont exploitées, en Occident, que des techniques qui se transforment en méthodes de préparation à la naissance lorsqu’elles sont proposées à des femmes enceintes. Il en va de même pour d’autres activités : la sophrologie, l’eutonie ... qui sont aussi transposées et présentes dans l’eau. La piscine devient alors un nouveau lieu où s’expérimentent ces techniques : la natation maternité, la gymnastique aquatique prénatale, la relaxation dans l’eau ...

« La piscine : un espace de communications »

Nous plaçons les activités aquatiques pré et post natales au-delà d’une technique. Notre objectif est d’utiliser l’eau comme médiation pour accompagner la femme ou le couple pendant la grossesse et après la naissance de leur enfant.

« De l’eau, un groupe et des propositions »

Notre première tâche est d’être à l’écoute des motivations exprimées. Au départ, les personnes qui rejoignent notre groupe annoncent : un désir de détente, de respiration, d’activité physique, de préparation à l’accouchement ... Ces expressions sont trop succinctes pour nous aider à construire un projet pédagogique. Nous devons élargir ensemble notre réflexion et notre pratique en tenant compte du contexte de la grossesse et de l’activité proposée. La femme ou le couple évolue dans l’eau, milieu connu ou méconnu où chacun apporte son histoire, ses expériences, ses projets et recherche son identité avec ses références familiales et sociales. La famille s’organise. Parents et enfants déjà présents prennent en compte la place de l’enfant à venir. Chacun imagine l’enfant à naître et se prépare à l’accueillir.

Notre connaissance de la femme enceinte, de l’eau, du mouvement ... ne nous autorise pas à penser que nos propositions sont justes et dans l’intérêt des personnes. L’eau est le canal de la communication qui nous permet de construire, dans l’interaction, des propositions s’appuyant sur les expressions corporelles et verbales des participants aux activités.

« Apprendre c’est, pour chacun, mettre de l’ordre dans ses expériences »

Chaque partie d’une séance commence par une proposition ouverte dont l’énoncé autorise plusieurs réponses justes. Dans ce processus, l’animateur ne s’appuie pas sur un modèle et n’a pas d’idée préconçue du résultat. Il stimule l’expression et la créativité du groupe. Les participants explorent, découvrent ou redécouvrent leur corps, organisent de nouvelles relations et multiplient leurs expériences. L’animateur observe l’activité du groupe. Parmi les conduites motrices et les paroles des participants, il repère les éléments qui pourraient correspondre à un intérêt commun. Il les analyse, les partage avec le groupe et, de cette interaction, il construit la proposition suivante. Ainsi une situation ouverte se resserre progressivement et peut devenir très fermée en fonction de ce qui se passe dans le groupe. Avec ces nouvelles propositions les participants affinent les expériences précédentes ou repèrent et éventuellement apprennent un mouvement précis. Notre démarche pédagogique se veut interactive et créative, elle est utilisable avec tous les publics et pour toute activité.

« Ce qui est spécifique à la femme enceinte »

Deux notions nous semblent importantes : la femme met au monde son enfant, elle repère le moment de la naissance. Pendant la grossesse, elle porte ou lâche son utérus spontanément selon son activité. Mais il arrive pour différentes raisons qu’elle n’ait pas ou qu’elle n’ait plus cette capacité. Il est donc utile qu’elle explore la possibilité de déplacer son utérus, qu’elle l’intègre pour l’utiliser volontairement en fonction de son confort durant la grossesse, et pourquoi pas ( ?) au moment de la naissance. L’élévation ou l’abaissement de l’utérus se fait en ouvrant ou en resserrant le grill costal, la position est maintenue par les muscles de l’abdomen qui se tendent soit en partie haute, soit en partie basse. Ce mouvement peut être facilité par le placement du bassin qui est aussi important pendant la grossesse qu’au moment de l’accouchement. L’entraînement à la « bascule du bassin » n’a pas grand intérêt, c’est la manière de rétroverser le bassin qui a une importance fondamentale. Si la femme apprend à placer son bassin en utilisant les muscles abdominaux, elle n’aura pas le plein usage de ceux-ci pour déplacer son enfant et le faire naître. Les propositions pertinentes seront celles qui aideront à trouver quels autres muscles rétroversent le bassin et parmi eux les pelvis trochantériens.

Nous venons d’énoncer la partie spécifique de notre travail avec la femme enceinte. Le prolongement de cet aspect doit aller dans le sens de la facilitation des mouvements cités plus haut. Par exemple, si les muscles antérieurs et postérieurs de la cuisse sont rétractés, ils limitent les possibilités de mobilisation du bassin. Il est alors nécessaire de les étirer pour libérer ces mouvements. Par ailleurs, toute proposition qui aide une personne à se centrer sur elle et à éprouver les fonctionnements de son corps et de ses relations doit être formulée, même si elle n’est pas focalisée directement sur la grossesse ou sur l’accouchement. Elle aide les personnes à exister, à s’observer et à se rencontrer un peu différemment. Par exemple : mobiliser les muscles du visage peut être d’un grand intérêt pour la femme enceinte.

Les outils proposés par l’animateur sont utilisés ou non par les femmes et les couples suivant leur contexte, leurs motivations, leurs centres d’intérêt, leurs présupposés des conditions de la naissance de leur enfant, mais aussi selon leurs expériences.

« Alors Françoise, que t’ont apporté ces activités pour ton premier accouchement ? »
— Rien ! ...
— Mais alors ... Pourquoi tu reviens ?
— Parce que c’était génial ! ...

Françoise revenait à la piscine pour sa deuxième grossesse. Elle était interrogée par Magali, primipare qui venait depuis plusieurs séances. Si Françoise n’a rien détecté de concret, d’analysable, de quantifiable dans la relation de cause à effet entre les activités aquatiques et son premier accouchement, elle a gagné au sein du groupe la convivialité, le soutien, l’écoute, le portage, le dynamisme et sans doute des éléments autour de sa pratique corporelle qui l’ont aidée à vivre sa grossesse de façon suffisamment satisfaisante pour qu’elle revienne. Cette anecdote nous fait réfléchir sur la notion de préparation.

Quelle préparation ? Pour quelle femme ?

Qu’est ce que la préparation ?

« Organiser à l’avance en vue d’un résultat ».

« Entraîner quelqu’un en vue de l’épreuve qu’il aura à subir ».

« Travailler à l’avance pour être prêt le moment venu ».

« Agir de telle sorte qu’on doive s’attendre à telles conséquences de ses actes ». (Larousse)

Dans le contexte de la naissance, le résultat escompté serait la réussite de l’accouchement. Mais quelle réussite ? ... Technique, physique, affective, relationnelle ? ... Et pour qui, ... La femme, l’enfant, le couple, l’équipe médicale ? ... Comment s’entraîner pour une épreuve que l’on ne connaît pas, différente pour chaque femme et chaque accouchement d’une même femme ? L’adaptation préalable de la femme ou du couple n’est pas envisageable en ce qui concerne la naissance. Les références, notamment sensorielles pendant la grossesse, n’ont que peu de rapports avec les perceptions durant l’accouchement. Enfin, la naissance qui satisfait l’équipe médicale n’est pas forcément bien vécue par le couple et inversement. Le concept de préparation n’est pas adapté au contexte de la naissance. Sans nier l’intérêt des techniques proposées aux femmes et aux couples pendant la grossesse, celles-ci n’ont de valeur que si l’objectif poursuivi ne se limite pas au facteur comportemental lié au résultat. La femme ou le couple agit pendant la grossesse selon son contexte et ses présupposés de la naissance et compte souvent sur les professionnels pour être éclairés sur les aspects à connaître et à pratiquer. Il nous est difficile, voire impossible, de savoir quelles informations et quelles pratiques peuvent être pertinentes pour chaque personne. Il est donc indispensable de privilégier l’interaction avec le groupe pour rester au plus près de l’intérêt et des attentes de tous.

Les animateurs sont au service des femmes et des couples, en interaction avec eux. Ils proposent des situations pour aborder de différentes façons, et entre autres, les aspects de la grossesse et de l’accouchement. Les animateurs accompagnent, aident les participants au groupe et en cela ils gardent un rôle second. L’idée de préparation ne peut se concevoir en terme d’objectif pour l’animateur, mais en conséquences des activités ; les femmes et les couples peuvent se préparer pour ce qu’ils envisagent être la naissance de leur enfant.

Article rédigé pour l’équipe des formateurs de la F.N.N.P. (F.A.E.L.) par : Guy Austruy, Marilyne Le Moing, Chantal Pons, Caroline Siau.

A voir deux vidéos « Rond’o » et « L’eau Vive », renseignements auprès du secrétariat de la F.A.E.L.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 197 / Juillet Août 1992 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique

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