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Etablissements hospitaliers  ESF Saint-Antoine 
Un projet qui soutient les fonctions d’animatrice et d’accompagnatrice de l’équipe et des sages-femmes

Depuis plus d’une décennie, animer est une fonction qui se développe d’une façon extraordinaire dans notre société. Pourtant, rien de comparable entre les différentes tâches à accomplir pour animer un quartier, un rayon d’un grand magasin, une galerie marchande, un débat télévisé, une émission pour la radio ou une campagne électorale … Chaque emploi dépendant étroitement du dessein qui le sous-tend, il existe autant de façons d’animer que d’intentions à soutenir. Le projet énoncé et sa mise en œuvre déterminent le statut, le rôle et les fonctions de l’animateur. Il en va de même pour les sages-femmes, au sein de l’équipe obstétricale et dans le cadre de leur fonction d’animatrice, lorsqu’elles accompagnent les femmes et les couples qui préparent la naissance de leur enfant.

Le statut de la sage-femme est l’ensemble des règles qui concernent et qui valident son aptitude à faire valoir son activité professionnelle. Son rôle est l’influence qu’elle exerce, sa manière particulière de s’acquitter des différentes missions relatives à son emploi. Ses fonctions, multiples, recouvrent les différentes facettes de son métier. Nous n’évoquerons pas ici les tâches techniques et médicales des sages-femmes, mais nous aborderons les dimensions de leurs fonctions d’animatrice et d’accompagnatrice et le corollaire que représentent le projet qui les fonde et ses éléments constitutifs.

Animer signifie donner vie au groupe, un souffle de vie. Pas à la manière d’un caisson d’oxygénation ou d’un bouche à bouche, mais de façon plus subtile et délicate, dans un accompagnement laissant toute latitude d’action aux personnes de ce groupe. Par son intérêt pour les autres, par sa popularité, par son enthousiasme à faire vivre un projet commun et par sa compétence à aider à son développement, animer résulte de la capacité de l’animateur à cheminer, avec les membres du groupe, vers leurs objectifs. Il s’agit pour lui d’être à l’écoute des attentes des participants, de suivre l’évolution de ces demandes et de seconder, de soutenir chacun dans sa façon de tendre vers son but.

Les activités et l’animation existent à partir de ce préalable incontournable : la nécessité d’un projet. Il est défini par quelques personnes qui recherchent alors des partenaires et un animateur, mais il est très souvent élaboré par un ou plusieurs animateurs qui se mettent aussitôt en quête d’un groupe de personnes intéressées.

Ainsi, l’animateur est parfois le maître d’ouvrage de cette détermination : décideur, payeur [1], il poursuit, arrête, développe, gère les imprévus, s’attribue ou partage la maîtrise d’œuvre. Parmi les participants et les autres porteurs du projet, il est souvent le protagoniste, il élabore le projet. Si ce n’est pas le cas, il adhère à ce projet après avoir apporté une contribution à sa rédaction, en donnant son avis et d’éventuelles suggestions, mais aussi, en formalisant son énoncé pour qu’il soit un véritable outil pédagogique. Le contenu explicite de ce document en fait la référence qui assure, à la fois, sa pérennité et sa possible évolution. Dans un premier temps, mieux vaut un projet moins ambitieux, qu’une excellente résolution loin de faire l’unanimité.

« L’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. » [2]

L’animateur est toujours le maître d’œuvre : architecte, concepteur, il est le chef de chantier de ce projet, il le met en œuvre et il suit son développement : il en présente la version actualisée à toutes les personnes concernées, il crée le contexte, pose le cadre et anime les activités du groupe, il évalue la cohérence entre l’énoncé du projet et sa mise en pratique effective, il ajuste réciproquement l’intention théorique et la réalisation. Pour toutes ces étapes le groupe est présent et chacun de ses membres est participant-acteur, influant sur l’évolution du projet.

Dans un cas comme dans l’autre, la première tâche de l’animateur est d’expliciter le projet, pour obtenir l’engagement de tous sur une base commune. Si les couples se contentent d’évoquer une idée générique et des demandes, l’animateur développe les différents aspects de ce projet pour l’affiner, l’enrichir et pour le partager avec d’autres : les participants potentiels et ceux qui prennent part au groupe, mais aussi, les personnes qui avalisent sa mise en œuvre, qui donnent les moyens de sa réalisation, qui diffusent l’information de son existence …

Lorsque des femmes enceintes et des couples souhaitent s’impliquer dans une activité autour de la grossesse et de la naissance, ils savent exprimer leurs attentes. Si la réserve ou la timidité bloquent la prise de parole, dans un premier temps, la collecte des attentes en petits groupes libère les réticences et amorce la dynamique du groupe. L’animateur, lui, pose le cadre et énonce le projet global, en citant les personnes qui le portent et en précisant la finalité, les intentions pédagogiques, les objectifs généraux, la démarche pédagogique et les moyens d’action.

« Former un projet, c’est partager nos croyances pour choisir, ensemble, le chemin que nous allons suivre. C’est écrire, en quelque sorte, notre plus petite utopie commune. » [3]

Intituler le projet, c’est jeter la base d’un consensus ou d’une différence. Cela revient à donner la définition la plus concise possible de son intention. Préparation à l’accouchement, Préparation à l’accouchement sans douleur, Préparation à la naissance, Préparation à la naissance sans violence, Préparation Psychoprophylactique Obstétricale, Préparation sophrologique à la naissance, Préparer son accouchement, Naître autrement, Préparation à la naissance en piscine, Accompagnement prénatal aquatique, Activités aquatiques pré et post natales, … autant de titres qui laissent entrevoir des desseins bien distincts, avant même de s’intéresser aux méthodes ou aux supports techniques qui les étayent. Le projet pédagogique explicite est une aide pour l’équipe, pour peu que chacun de ses membres participe à sa rédaction.

Cette œuvre collective impose, au préalable, un état des lieux, un bilan de la situation, comprenant, pour le moins, les avis de tous sur la situation présente et l’expression des présupposés de chacun sur l’évolution à impulser. L’élucidation des visées implicites est nécessaire : se préserver de la mise en question de sa pratique et de ses connaissances, éviter de contrarier un médecin, refuser de s’impliquer plus dans la dimension relationnelle de son métier, … sont des objectifs non avoués qui influencent les conduites professionnelles. Il est important d’en parler pour s’interroger sur leur légitimité. Un projet trouve sa source dans l’idéologie de chacun de ses porteurs. A partir de cette mise en commun, les différents aspects du projet sont abordés dans une succession de débats et se concrétisent par un énoncé commun.

« L’homme est un projet qui décide de lui-même. » [4]

Définir la finalité, c’est prononcer une affirmation de principe à travers laquelle l’équipe d’animation identifie et véhicule les valeurs qu’elle entend défendre et transmettre [5]. L’équipe détermine ainsi, l’orientation majeure, les lignes directrices premières, du projet qu’elle élabore. Elle indique le courant de pensée et de pratique dans lequel elle souhaite s’inscrire. Par exemple : « Cette conception, de l’accompagnement de ces femmes et de ces hommes, vise le développement de leur aptitude à la rencontre des personnes qui les entourent, à l’appréhension de leur environnement physique et à la mise en actes de leurs compétences. »

Affirmer l’intention pédagogique, c’est dire, de manière générale, les buts poursuivies par les animateurs du projet [6]. Par exemple : « Notre détermination est d’aider chaque femme et chaque homme, à améliorer les conditions de sa grossesse, de son accouchement, de l’accueil de son enfant et des suites de la naissance. »

Annoncer un objectif général, c’est déclarer une intention pédagogique décrivant, en termes de capacité de la personne, l’un des résultats escomptés d’une ou de plusieurs séquences de séance [7]. Ce type d’objectif est nécessairement défini au sein du groupe, selon le déroulement de la ou des séances. Un exemple, parmi tant d’autres : « Au fil des séances, les femmes apprendront à mobiliser leur utérus pour le placer au mieux de leur intérêt, selon leur activité du moment et selon le développement de leur grossesse. »

Citer les porteurs du projet offre l’avantage de situer, d’emblée, la place de chacun, notamment celle accordée aux membres du groupe qui ne sont pas animateurs : patients, clients, sujets, objets, élèves, auditeurs, acteurs, interactants, … ? Ainsi, chacun détermine son rôle, dans ses grandes lignes, dès cet énoncé, mais ces notions sont nécessairement approfondies lorsque la méthodologie est rendue explicite. Par exemple : « Les porteurs du projet sont les couples, les femmes et les hommes qui viennent seuls, par choix ou par contrainte, et les sages-femmes. Ils sont soutenus par l’ensemble du personnel de la maternité. »

Enoncer la démarche pédagogique consiste à décrire comment l’animation va se dérouler et comment chacun peut tendre vers son but : quelles règles régissent la vie du groupe ? Quelle est la place de chacun ? Sur qui ou sur quoi les activités sont elles centrées ? Qui est censé avoir un impact sur les personnes en présence ? Qui donne ? Qui reçoit ? Qui fait quoi ? Qui évalue la qualité des pratiques et des échanges ? Qui fait évoluer le projet ? A partir de quels critères ? … Il s’agit de définir le cadre qui circonscrit le fonctionnement du groupe et la méthode d’animation qui soutient son activité.

Déterminer les moyens d’action de ce projet, c’est recenser ce qui est indispensable ou utile pour tendre vers les objectifs généraux définis. Par exemple : « Un environnement physique favorable avec des installations et du matériel adaptés. Un environnement humain favorable, avec des femmes et des couples acteurs de ce projet, avec une équipe d’animation, formée et en réflexion permanente sur sa pratique, qui maîtrise des techniques corporelles, éclairées par la connaissance de l’anatomie fonctionnelle et donnant la priorité au mouvement pertinent, qui possède une capacité de gestion et d’animation du groupe et de ses interactions … »

« Et le chemin est long du projet à la chose. » [8]

Créer le contexte, c’est prêter vie à l’utopie. Le contexte est l’ensemble des circonstances, dans lesquelles s’insère le projet, et des particularités qui l’accompagnent. Créer le contexte, c’est produire les conditions nécessaires au succès de l’entreprise, c’est camper le décor des activités et initier les modes de communication propres au groupe. L’animateur, entouré des personnes compétentes, jette les fondements nécessaires à la bonne marche du projet, il réduit les contraintes qui s’opposent à sa réalisation et il adapte sa mise en œuvre à la conjoncture en attendant son évolution.

Poser le cadre, c’est convenir des conditions et des règles explicites qui, pour l’animation proposée, sont destinées à favoriser la vie du groupe et la pédagogie choisie. Son adoption résulte d’une concertation entre les animateurs et les participants au début de l’activité. Le respect de ce cadrage permet à chacun de ne pas « dériver », d’être libre pour son évolution, tout en se sentant protégé par ce qu’il a admis [9]. C’est dans ce cadre que sont évoquées les attentes des participants, la présentation actualisée du projet, le rôle de chacun, les règles essentielles de la vie relationnelle du groupe (confidentialité, pas de jugement, respect, droit à l’erreur, confiance, gestion du temps, tutoiement ou vouvoiement, prénoms, …) et tous les aspects du fonctionnement soulevés par les participants ou par les animateurs.

Présenter la pédagogie choisie est un point important du cadrage. Par exemple : « La pédagogie interactive et créative est une forme de pédagogie par laquelle celui qui participe à l’animation peut le faire de manière active et créative, en interaction constante avec les animateurs et les participants du groupe, dans toutes les séquences de chaque séance. L’animation proposée ne s’impose pas telle quelle, mais fait l’objet d’un ajustement et d’une mise en forme permanente des attentes de chacun, en fonction de son expérience, de ses motivations et de ses expectatives [10] pratiques et théoriques. » Cette démarche se caractérise par : l’importance du partage et des échanges tout au long du déroulement de la séance, le respect des potentialités des participants, le respect du cheminement, des rythmes d’évolution et des buts de chacun, la collaboration interactive des femmes et des couples et leur considération dans la situation présente.

Expliquer ce qu’est la métacommunication est un autre point important du cadrage. Par exemple : « La métacommunication est le processus par lequel chacun peut, dans le respect du cadrage, intervenir à propos des communications qui se déroulent dans le groupe, afin de clarifier les incompréhensions, les malentendus, les présupposés, les divergences … D’une manière plus générale, c’est la fonction de la communication qui permet à celle-ci de se développer par une gestion constante des contraintes qui pèsent sur elle [11]. »

« Chacun s’anime et se prépare (...) » [12]

Animer les activités du groupe, c’est passer à l’action, c’est mettre en œuvre ce qui a été projeté et défini. Les séances sont construites en une succession de séquences évoluant, dans ce type de pédagogie, d’une proposition ouverte vers une ou plusieurs propositions fermées, selon l’observation de l’activité du groupe, par l’animateur, et selon ce que les participants expriment, corporellement et verbalement. Les propositions ouvertes autorisent plusieurs réponses justes. Elles permettent, à chacun dans le groupe, d’explorer, de découvrir ou de redécouvrir leur corps et son fonctionnement, d’exprimer ses différences, de partager, de créer, selon son rythme et selon ses motivations. Les propositions plus fermées, voire très fermées, resserrent l’éventail des réponses justes possibles jusqu’à n’en autoriser qu’une. En relation étroite avec l’évolution préalable du groupe, sa dynamique et la motivation de chacun, ces situations invitent les participants à approfondir une recherche, à affiner un geste, à apprendre un mouvement pertinent.

L’animateur appuie son observation sur ses repères pendant les activités corporelles et verbales du groupe et sur les références que constituent pour lui le projet global explicite, son intention pédagogique, les objectifs généraux choisis, ses connaissances, sa formation, son expérience. Il peut rapporter les éléments particuliers qu’il repère à ces références. L’analyse succincte, qu’il en fait, le soutient pendant ses discussions avec les membres du groupe. Ces moments d’échanges et de commentaires, spontanés ou proposés par lui, avant, pendant et après la séance, invitent les participants à dire : si le déroulement de la séance correspond à leurs demandes, comment cela se passe pour eux, dans quelle direction ils souhaitent poursuivre, ce qu’ils apprécient ou non, leurs facilités, leurs difficultés, comment les prochaines consignes pourraient soutenir leur participation à la suite de la séance … Ces moments permettent aussi à l’animateur d’aider chacun à s’exprimer sur son activité et sur ses envies, d’énoncer ses observations, de mettre en concordance le projet et les attentes des participants, … et d’étayer sa proposition suivante. Ce moment particulier du partage caractérise la pédagogie interactive et créative.

« L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne. » [13]

Evaluer la cohérence du projet, c’est mesurer l’écart entre son énoncé et sa concrétisation. Etre cohérent c’est garantir le caractère homogène, l’harmonie entre ce qui est dit et ce qui est fait. La cohérence de l’animation est atteinte lorsque la mise en pratique concorde avec le projet annoncé. Non seulement elle n’empêche pas l’authenticité de l’animateur, mais bien souvent elle le préserve de prendre un certain pouvoir sur le groupe.

Ajuster l’intention et la réalisation est fondamental. Lorsque les parties prenantes perçoivent une certaine distance entre l’énoncé et l’action, il est important de la réduire. Si le projet, tel qu’il est rédigé, fait toujours l’unanimité, l’animateur s’applique à rester dans son cadre. Dans le cas contraire, l’ensemble des personnes qui le portent peut envisager de le reformuler pour qu’il reflète la réalité de la pratique et pour garantir son évolution.

Cet exposé, quelque peu didactique, donne sans doute l’impression d’une certaine lourdeur de l’énoncé d’un projet, mais sa présentation aux femmes et aux couples prend une forme plus légère quoique nécessairement rigoureuse car de sa précision dépend la majeure partie de son succès. De même, le parti pris, d’appuyer le propos ci-dessus sur l’idée de la conduite d’un groupe, peut être relativisé et ramené à l’accompagnement d’une femme ou d’un couple. Ce discours n’éclaire pas les seuls moments accordés à ce qui est couramment appelé la préparation à la naissance (ou la PPO), mais un accompagnement globalisé au sein duquel la préparation s’inscrit.

L’ensemble du personnel de la maternité envisage l’accueil et l’accompagnement des femmes et des couples, depuis la première consultation jusqu’à la sortie de la maternité, après la naissance. Accompagner, c’est se joindre à quelqu’un pour aller où il va, c’est le seconder. Dans le cadre d’une démarche interactive et créative, les fonctions d’animatrice et d’accompagnatrice se conjuguent au service des femmes et des couples. L’équipe et chacun de ses membres assurent ces fonctions pendant toutes les rencontres de chaque femme et de chaque couple, individuellement ou en groupe.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 270 / Mars 1999 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique


[1] Au sens de : maître des aspects financier de l’ouvrage.

[2] Jean Paul Sartre.

[3] Claudie Chéboldaef, Martine Lestarte et Françoise Ravel, « projet de crèche : la plus petite utopie commune à l’équipe. »

[4] Jean Paul Sartre.

[5] D’après D. Hameline, Les objectifs pédagogiques en formation initiale et en formation continue, 2ème édition, Paris, Ed. E.S.F., Entreprise moderne d’édition, 1980.

[6] Idem.

[7] Idem.

[8] Molière.

[9] D’après le Dr Emmanuel Galactéros.

[10] Attentes fondées sur des promesses ou des probabilités.

[11] D’après le Dr Emmanuel Galactéros.

[12] La Fontaine, Fables, IV, 4.

[13] René Char.

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