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Il subsiste une vraie humanité à l’hôpital

Quelle est cette idée saugrenue : « Un soignant ne doit pas montrer ses émotions » ? Qui soutient cette notion qu’une sage-femme émue – et qui ne se « blinde » pas pour masquer qu’elle est affectivement touchée par une patiente – perd sa place professionnelle ? Est-il sérieux de suivre cette piste au moment même où les patients revendiquent l’authenticité de chacun au sein des équipes soignantes ? Est-ce bien raisonnable lorsque nous avons besoin de la participation active des patients dans l’intérêt de leurs propres soins ?

Le résultat d’une mascarade de relation avec les patients est massif et très négatif pour la réputation des hôpitaux. L’imaginaire collectif déborde de la certitude que l’humanité n’existe plus au sein de ces établissements. Trop souvent une femme qui perd son bébé ne trouve pas les signes de la moindre empathie [1] dans le service. Pas la moindre lueur dans les regards qui fuient. Peu ou pas de générosité dans les gestes qui restent désespérément pratiques et techniques.

Pas de sensibilité dans les attitudes qui verrouillent la distance et la non implication.

Pire, à l’opposé, cette femme peut se trouver confrontée à une extrême compassion [2] de certains professionnels qui perdent pied ou qui trouvent ce moyen pour échapper à une confrontation trop directe avec cette réalité difficile à affronter.

Lorsque les usagers des hôpitaux se plaignent du manque d’humanité des structures et des personnels, ils s’appuient sur leur expérience, sur des faits. Les soignants sont blessés et ils ne comprennent pas cette injustice : « Je sais bien ce que me font la détresse et le malheur des gens que je côtoie au quotidien ! »

— « Tu le sais, tu le sens mais si tu ne le montres pas les patients ne peuvent pas le deviner. Ils te ressentent insensible, caparaçonnée et, de fait, ils se sentent seuls, abandonnés. »

Laissez paraître votre sensibilité, exprimez l’effet de ce que vous observez et de ce à quoi vous participez. Vous serez plus forts dans la relation et par là même un meilleur accompagnant sur le chemin du soin et de la guérison.

L’encadrement et les directions des ressources humaines de nombreux établissements comprennent que leurs agents méritent d’être formés à la communication. Pour eux-mêmes tout d’abord, pour qu’ils sachent se positionner pendant les échanges et se préserver. Pour les équipes vivant de plus en plus difficilement leurs interactions et les contraintes sévères du fonctionnement des services. Pour les patients et leurs proches également qui attendent d’être pris en considération dans toutes leurs rencontres avec des soignants.

Mais il ne s’agit pas de saupoudrer de la communication sur son exercice professionnel

Car le risque est de voir certains prendre encore plus de pouvoir sur les patients au travers de techniques détournées de leur vocation première comme la programmation neurolinguistique ou l’analyse transactionnelle. N’acceptez pas cette projection aseptisée de la relation humaine au sein des hôpitaux. Entretenez vos capacités de communication, enrichissez les en permanence pendant tous les instants de votre vie. Il revient à chaque soignant d’inscrire sa pratique dans une relation humaine authentique. Cela demande une volonté, une implication, un vrai cheminement didactique et pratique.

Nous étions exténués à l’issue de ce séminaire.

Nous avons mis en mouvement nos humanités. Elles se sont rencontrées, confrontées, soutenues. Chacun a réagi, s’est exprimé selon ses moyens, ni plus, ni moins. Nos relations vraies nous ont fatigués physiquement, comme un mouvement peu habituel éreinte un muscle. Continuez sur cette voie car elle est fondamentale. Comme de nombreuses personnes oublient qu’une femme enceinte reste une femme qui conserve des besoins, des désirs, des aspirations, … nous ne devons pas oublier en devenant des soignants de rester des êtres humains : soignant parce qu’humain.

Il subsiste une vraie humanité à l’hôpital ... Vous me l’avez montrée et je vous remercie pour cela. Je parie que la majorité d’entre vous saura la développer et contaminer le plus grand nombre de vos collègues. J’espère avoir longtemps de vos nouvelles.


[1] Philo, psycho. Faculté de s’identifier à quelqu’un, de ressentir ce qu’il ressent.

[2] de compatir, souffrir. Sentiment qui porte à plaindre et partager les maux d’autrui. Voir apitoiement, commisération, miséricorde ; pitié. Avoir de la compassion pour quelqu’un. Cœur accessible à la compassion. Etre digne de compassion. Ant. : Cruauté, dureté, indifférence, insensibilité.

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