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Etablissements hospitaliers  Grossesse et accouchement  Notre contribution écrite dans d’autres numéros des Dossiers de l’Obstétrique 
Des activités aquatiques, pour quoi faire ? Guy Austruy, formateur

Utiliser l’eau pour ce qu’elle représente pour chacun de nous, pour ce qu’elle stimule dans nos actions et pour ce qu’elle déclenche dans nos émotions, revient souvent à profiter des bienfaits reconnus de la baignade. Inscrire et situer l’élément aquatique dans un projet d’activités animées, c’est en quelque sorte, donner un sens à l’utilisation de l’eau. Sans se priver d’une approche empirique, que l’on pourrait croire spontanée, c’est se doter d’un cadre de référence et de travail nécessaire pour l’animateur et pour les participants, dans la mesure où les objectifs de chacun sont énoncés.

Une sage-femme qui souhaitait comprendre notre façon d’envisager les activités destinées aux femmes et aux couples, pendant la grossesse et après l’accouchement, engageait la discussion en ces termes :

Sage-femme : Quels exercices proposez-vous, à la piscine, pour préparer les femmes à l’accouchement ?

Guy Austruy : Pour répondre à votre question, j’ai besoin de savoir à quoi vous voulez préparer une femme qui se présente à vous.

SF : En tant que professionnelle, je souhaite que les femmes maîtrisent leur respiration, leurs contractions, leur douleur. Je veux qu’elles profitent de la joie et du bien-être d’être enceinte.

GA : Et les femmes, qu’attendent-elles de cette préparation ?

SF : Cela dépend d’elles, de leur histoire, de leur culture, de leur contexte social.

GA : Peut-on dire que dans un groupe de huit femmes nous trouverons huit motivations différentes ?

SF : Oui, sans doute.

GA : Comment pourrions-nous satisfaire chacune d’elle avec des exercices qui préparent à l’accouchement ?

SF : Que proposez-vous alors ?

GA : Nous abordons différemment les activités aquatiques et l’idée même de la préparation. Nous construisons nos séances à partir des attentes des couples.

SF : Vous souhaitez la présence des pères ?

GA : Notre projet est destiné aux couples, mais une femme peut participer seule, à nos activités, que ce soit un choix ou une obligation.

SF : Cependant votre objectif est bien l’accouchement ?

GA : L’accouchement est un événement incontournable pour une femme, pour un couple. Pour accompagner des couples, pendant la grossesse et après la naissance de leur enfant, notre objectif est de proposer l’eau comme une médiation, c’est-à-dire, à la fois, comme un intermédiaire, entre plusieurs personnes ou entre une personne et ses objectifs, et comme un processus créateur, par lequel cette personne évolue d’une séance à l’autre. La question importante est : « Quelle préparation pour quelle femme ou pour quel couple ? »

Une démarche interactive et créative

SF : Les exercices que vous proposez ne sont-ils pas, de toutes façons, centrés sur l’accouchement ?

GA : Avant de parler du contenu de nos séances, il est important d’énoncer que les femmes, les couples et les animateurs sont, ensemble, les porteurs de ce projet. Notre méthodologie est interactive et créative. Cette forme pédagogique permet, à ceux qui participent à l’animation, de le faire de manière impliquée et créative, en interaction permanente avec les animateurs et les autres membres du groupe. L’animation n’est pas le fruit d’une élaboration préalable. Elle se développe autour des intérêts, autour des motivations du groupe et selon son rythme.

SF : Comment procédez-vous, concrètement ?

GA : Chaque séquence de séance commence par une proposition ouverte, c’est-à-dire par une proposition qui autorise plusieurs réponses justes.

SF : Vous laissez faire les participants ?

GA : Non, nous les laissons être, exister, dans un espace donné et autour d’un thème déterminé par la consigne. Par exemple : « Vous vous déplacez ».

SF : L’espace n’est pas défini dans cette consigne.

GA : Le groupe a donc toute la piscine pour évoluer, pour s’exprimer corporellement et verbalement.

SF : Ensuite vous proposez un exercice ?

GA : L’animateur observe les attitudes des participants, ce qui est montré et dit par le groupe. Il repère ce qui a du sens pour lui, selon son expérience, ses connaissances et ses pôles d’intérêt. Il partage ses observations avec le groupe. Par exemple : « Je remarque que vous vous déplacez en utilisant des nages codifiées ». Il reste attentif, à l’écoute des commentaires de chacun. De ces échanges, il dégage les éléments pour énoncer la prochaine consigne. Par exemple, si quelqu’un dit : « Dans la piscine, je nage la brasse ou je marche. Je ne sais rien faire d’autre », l’animateur peut proposer : « Par deux, vous recherchez d’autres formes de déplacement ». S’il n’a rien repéré de significatif pour lui, pendant ce partage, il peut continuer par : « Vous vous déplacez en utilisant d’autres mouvements que les nages codifiées ».

SF : Nous sommes loin de la préparation à la naissance.

GA : Pas si loin que cela, car si quelqu’un, dans le groupe, souhaite "coller" de plus près aux aspects de la grossesse ou de l’accouchement, il a la possibilité de le montrer ou de le dire, pendant ces situations ouvertes et ces échanges.

SF : Comment refermez-vous ces propositions ?

GA : Quelques aspects fondamentaux caractérisent notre démarche pédagogique :
— L’importance du partage, des échanges, tout au long du déroulement de la séance.
— Le respect des potentialités des participants.
— Le respect du cheminement, des rythmes d’évolution et des buts de chacun.
— La prise en considération des participants dans la situation présente : « Ici et maintenant ».

Les expressions corporelles et verbales, au sein du groupe, nous offrent tous les éléments nécessaires pour élaborer les propositions suivantes. La fermeture des situations nous ramène à ce qui est spécifique pour un couple.

SF : Alors, quels exercices et pour quelle spécificité ?

GA : Un exercice est une proposition qui n’autorise qu’une réponse juste. C’est un ensemble de mouvements, d’actions destiné à entretenir ou à développer un aspect précis de la personne. Si nous choisissons la spécificité anatomique, nous abordons, à partir de l’action des abdominaux, la mobilité volontaire de l’utérus. En cortège, d’autres mouvements qui facilitent ou qui amplifient cette mobilité : la bascule du bassin, l’étirement des muscles antérieurs et postérieurs des cuisses ... mais un exercice n’a de valeur que s’il est l’aboutissement d’une recherche préalable de la part du groupe.

SF : Comment un exercice, proposé par l’animateur, peut-il être un aboutissement de la recherche du groupe ?

GA : L’animateur reste un acteur dans cette situation. Ce qui diffère d’autres attitudes pédagogiques. C’est qu’il ne s’impose pas comme le seul moteur du développement de la séance. Rien ne lui permet de savoir ce qui est bon pour chaque participant. S’installant délibérément dans l’interaction, il exploite la richesse exprimée par le groupe. Il ouvre ou ferme, plus ou moins, la proposition suivante et l’oriente vers ce qu’il estime être l’intérêt des couples. Il est indispensable pour l’animateur de s’appuyer sur une connaissance générale de base solide, sur le public, sur l’eau et son approche, sur l’anatomie fonctionnelle, ... mais ses capacités à communiquer et à animer sont essentielles.

Mais pourquoi dans l’eau ?

SF : Je sens que vos propos dépassent le cadre des activités aquatiques.

GA : En effet, cette conception interactive de l’activité humaine est universelle. Si vous consultez un cuisiniste, il ne vous dira pas : « J’ai la cuisine qu’il vous faut » mais il vous demandera : « De quelle cuisine avez-vous besoin ? Comment souhaitez-vous l’utiliser ? Comment voulez-vous y vivre ? » ... pour ensuite énumérer des solutions qu’il pense adaptées à votre demande et parmi lesquelles vous pourrez faire des choix. Notre démarche est assez semblable, dans un contexte différent.

SF : Ce principe d’animation est donc utilisable en dehors de la piscine, par exemple, dans le cadre de la préparation à la naissance dite classique. Alors pourquoi choisir l’eau comme support d’une activité destinée aux femmes enceintes et aux couples ?

GA : Quel que soit le degré de notre familiarisation avec l’eau, notre rapport avec elle est pluridimensionnel : psychique, relationnel, tonique, sensoriel et moteur. Notre approche de l’espace aquatique évolue selon les ajustements et les transformations que nous opérons dans chacune de ces dimensions.

Le grand intérêt des activités aquatiques pré et post natales est la similitude entre l’approche pluridimensionnelle de l’eau et la transformation, également pluridimensionnelle, d’un couple, pendant la grossesse et après l’accouchement. L’activité dans l’eau devient, par excellence, l’espace psychoprophylactique [1] dans lequel des couples évoluent et explorent, découvrent ou redécouvrent, expérimentent et affinent leurs potentialités. Ils mettent en actes leurs compétences et ils en parlent. C’est une opportunité pour assimiler et pour affirmer ce qu’ils élaborent pendant cette période. Certes, ils préparent la naissance, mais ils parcourent aussi, les étapes pour devenir des parents, le chemin nécessaire pour accueillir leur nouveau-né. Chacun envisage son rôle, dans une famille réorganisée, autour de la place à prendre par l’enfant à naître.

SF : Jusqu’à quel point pouvez-vous évaluer la réussite de votre projet ?

GA : Seuls, les couples évaluent l’intérêt d’avoir pratiqué ces activités. Ils préparent l’accouchement qu’ils se représentent, ils ne peuvent faire autrement. La connaissance des professionnels, ne peut les aider. Dans ce domaine, seule l’expérience peut instruire et ce ne sont pas deux ou trois accouchements qui créent des habitudes. Tout ce qui se passe, pendant cet événement, est inhabituel. Là, réside la grande difficulté d’adaptation de la femme devant la situation qui reste exceptionnelle, même après plusieurs accouchements.

SF : Vous avez des statistiques qui montrent l’intérêt de votre travail ?

GA : La statistique est au pédagogue ce que le réverbère est à l’ivrogne, elle le soutient mais ne l’éclaire pas. J’aime ce que dit Boris Cyrulnick à ce sujet : « Nous considérons qu’un couple a, dans notre culture, en moyenne, cinq mille rapports sexuels dans sa vie. Un couple a, en moyenne, 2 enfants. Cela représente, à peu près, un rapport fécondant sur deux mille cinq cents. Statistiquement, cela ne fait pas du rapport sexuel un facteur significatif, en ce qui concerne le déclenchement de la grossesse ».

La valeur des activités aquatiques ne sera pas démontrée ainsi. Chacun témoigne, à sa façon, sur ce qu’il a trouvé de positif en participant à ces activités. L’évaluation ne s’apprécie pas en heures de dilatation du col de l’utérus économisées, ni en intensité de douleur réduite, mais de manière plus personnelle, subjective. Deux femmes demandaient à Françoise : « Que t’a apporté la piscine pour ton accouchement ? ». La réponse fut sans ambiguïté : « Rien du tout »,
— « Mais alors, pourquoi reviens-tu pour ta deuxième grossesse ? »
— « Parce que c’était génial ! ».

Nous sommes des animateurs. Nous devons nous interdire de présupposer et d’induire ce que peuvent être les buts des participants. En aucun cas, nous ne pouvons avoir des objectifs pour eux sans nier ce qu’ils sont, ce qu’ils désirent, ce dont ils ont besoin. Nous nous mettons au service de leur projet. Le notre est toujours de les accompagner, c’est à dire d’avoir un rôle second, pour les laisser déterminer, impulser et s’approprier le fond et la forme de ces activités. Dans ce contexte, l’eau sert, à la fois, d’intermédiaire et de support pour la créativité du groupe.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 210 / Octobre 1993 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique


[1] "L’espace psychoprophylactique (E.P.P.) est une conception de l’accompagnement de la maternité, capable d’assurer la sécurité psychologique de la mère, du père et de l’enfant. A l’écoute de la femme et de l’homme, l’équipe prend en compte leurs angoisses, leurs imaginations et leurs attentes. Elle respecte leur liberté, leurs désirs et leurs contradictions et favorise la maturation des sentiments maternels et paternels. L’équipe soutient aussi l’interaction de leurs comportements, de leurs vécus et de leurs relations. Ainsi les rapports entre les parents, l’enfant et l’entourage s’améliorent". Dr Emmanuel Galactéros. Préparons-nous à te mettre au monde et à t’aimer. Ed. Denoel-Gonthier.

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