Sunday 19 August 03h52  Accueil   Plan du site   Liens   Contact  Admin
Etablissements hospitaliers  Grossesse et accouchement  Notre contribution écrite dans d’autres numéros des Dossiers de l’Obstétrique 
Souffler n’est pas jouer ! (suite) Guy Austruy, formateur

Inspirez ! Bombez le torse ! Rentrez le ventre ! Et un, et deux, et trois et quatre ... La respiration est depuis toujours une composante importante de la gymnastique d’entretien et de nombreuses techniques corporelles. Et si nous tentions de voir sa place un peu différemment ?

Accorde toute ton attention à une personne et repère ce qui te semble caractéristique dans les manifestations de sa respiration. Puis demande lui d’observer sa respiration sans la modifier. Tu constateras une notable transformation de ses mouvements de ventilation.

Dans cette situation, imperceptiblement pour soi, chacun s’efforce de faire coïncider sa respiration du moment avec sa représentation de la respiration. Evoquer un mouvement a obligatoirement un effet sur sa réalisation. Si tu qualifies la respiration qu’un autre doit pratiquer, ce phénomène s’amplifie : « Après cet exercice, vous retrouvez une respiration normale ».

Sa respiration normale, c’est sa respiration habituelle, celle d’en bas. Il la trouve aisée, même s’il la connaît mal. La respiration normale dont tu lui parles est plus difficile, c’est celle d’en haut, celle qu’il doit pratiquer pour bien faire. Il ne la connaît pas, mais il en a une idée. Elle est plus ci ou moins ça ; elle est différente de sa respiration habituelle.

« Maintenant votre respiration est sereine ». Sereine ou calme, tranquille, neutre ou encore juste, adaptée, harmonieuse ... Mais tous ces adjectifs par rapport à quoi ? A l’idée que chacun s’en fait ? A son habitude ? A ses expériences passées ? C’est-à-dire au souvenir de ses expériences ?

Tout cela est inutilisable pour construire de nouveaux moyens d’actions. D’autre part, une respiration calme ou sereine, pour qui fait de la gymnastique, parce qu’il est stressé ou angoissé, est une respiration inaccessible par définition, c’est du chinois pour qui veut apprendre le chinois.

La respiration peut être plus ou moins longue, plus ou moins régulière, plus ou moins ample ... que celle pratiquée précédemment. Le repère que nous savons utiliser, c’est la variation, la différence.

Cela nous impose de laisser du temps pour que chacun observe sa respiration et la reconnaisse comme une respiration de départ pour les exercices qui vont suivre.

Différents modes de respiration en jeu

Si nous voulons aller plus loin dans l’étude des mouvements de la respiration, nous ne pouvons faire l’impasse sur ses acteurs.

« Vous inspirez en laissant votre abdomen se bomber », voila une consigne qui amène les participants à organiser une inspiration dont le moteur est le diaphragme.

« Vous soufflez en resserrant le tour de votre taille » et voilà principalement en action le transverse de l’abdomen. « Soufflez en rapprochant vos côtes de votre bassin », ce sont les grands droits et les fibres longues des grands obliques qui entrent en jeu.

Il est enrichissant d’éprouver que nous pouvons réaliser différemment notre inspiration et notre expiration, que nous combinons à loisir ces mouvements pour créer une respiration adaptée à la situation présente. Connaissant la mécanique respiratoire et la situation géographique de ses différents acteurs, l’animateur peut accompagner cette exploration. Il propose le geste à faire et des repères pour évaluer l’action.

Insister sur un aspect ou l’autre de notre respiration, sur un mouvement particulier, sur la position de notre corps, aura un impact sur notre énergie, sur notre détente jusqu’à la relaxation, sur l’étirement ou sur le renforcement de nos muscles. Dans ce nouveau contexte et avec un objectif précis, nous découvrons l’intérêt de nous centrer sur l’inspiration, sur l’expiration ou sur les deux.

Lorsque nous inspirons, le diaphragme et les muscles élévateurs de nos côtes sont acteurs du mouvement pendant que les abdominaux freinent leur action. Inversement lorsque nous expirons. Contrairement à l’idée courante, étant antagonistes, ils sont toujours au travail et non en alternance.

Par exemple, si nous observons notre respiration « habituelle » au repos, nous repérons l’inspiration, une pause très brève, l’expiration, puis une pause souvent plus longue que la première. Cette deuxième pause respiratoire, ce temps très court, est le seul moment de repos possible pour notre diaphragme.

A chaque cas, son exercice

Ce qui complique la situation, c’est qu’un muscle au repos n’est pas sans tension et qu’il peut même rester très tonique. Pour le diaphragme, cela entraîne quelques conséquences que l’on rencontre notamment chez les personnes angoissées qui montrent sa région en disant : « J’ai une boule, un nœud qui m’oppresse là ». Et par enchaînement, des complications, au niveau de l’œsophage, caractérisées par des remontées d’acidité ... Les mouvements de ventilation, que nous induisons avec les exercices, atténuent ou aggravent les situations individuelles. Dans cet exemple, il est préférable de ne pas proposer l’inspiration ample ou maximale et encore moins l’apnée.

L’apnée, c’est dommage, est encore proposée pour améliorer la respiration ! Cela revient à dire : « Arrêtez de respirer, vous respirerez mieux ensuite ! » Cela est aussi inutile que de marcher pour améliorer sa course.

L’expiration prolongée sera plus adaptée, la relaxation, le massage et aussi l’étirement du diaphragme.

Nous sommes devant l’interaction incontournable. Un exercice n’a pas de valeur en soi, il est utile ou nocif selon la personne à laquelle nous le proposons. Lorsque quelqu’un vous dit la perception qu’il a de sa respiration, une discussion est nécessaire pour que notre consigne l’invite à un geste d’inspiration, d’expiration, ou à l’association des deux, selon l’objectif visé.

En ne travaillant qu’avec nos connaissances, nos techniques corporelles, nous arrivons à nier les gens dont nous nous occupons. Ces techniques ne parlent aujourd’hui que du souffle alors que les mouvements d’inspiration sont extrêmement utiles, notamment pour l’étirement de tous les muscles thoraciques. Nous arrivons à des non-sens dramatiques et à des guerres d’écoles dérisoires.

Pour l’accouchement, certains professionnels pressentant ou constatant les inconvénients de la méthode « Inspirez - bloquez - poussez », préconisent aux femmes d’expulser pendant l’expiration.

A une proposition inadaptée, le blocage respiratoire, est opposé une solution à peine plus pertinente, le souffle. Cela parce que l’utérus se trouve entouré par les acteurs de la respiration.

Pour résoudre le problème de faire sortir l’enfant, le seul moteur utilisable, ce sont les abdominaux qui doivent déplacer l’enfant du haut vers le bas. En indiquant le geste à faire : « Rapprochez vos côtes de votre bassin », la femme trouve le mouvement. De l’air sort en même temps, mais c’est un épiphénomène, une conséquence. Le moteur, ce n’est pas l’air qui sort et attire l’attention vers le haut, mais la traction des côtes vers le bas, là où se déroulent les phénomènes de la naissance.

Mettre en jeu la respiration nécessite de définir les objectifs immédiats et à plus long terme pour une rencontre globale de la ventilation, jouer avec ce qui la qualifie, paraît suffisant : L’amplitude, le rythme, la régularité, le bruit. Pour préparer ou pour atteindre un résultat, il est indispensable d’indiquer le geste à faire de façon précise. La respiration devient alors le moyen d’étirer ou de renforcer des muscles, de se relaxer, de prendre de l’énergie.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 222 / Novembre 1994 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique

haut de page SPIP powered - Réalisation ©2005 SCM