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Etablissements hospitaliers  Grossesse et accouchement  Notre contribution écrite dans les Dossiers de l’Obstétrique n° 270 - mars 1999 
Un abécédaire pour les professionnels accompagnant, en équipe, les femmes et les hommes qui préparent la naissance de leur enfant, Guy Austruy, formateur

Un abécédaire pour les professionnels qui accompagnent, en équipe, les femmes et les hommes qui préparent la naissance de leur enfant

En pensant à la rédaction de cet article, j’imaginais essentiellement les liens entre chacune des parties et le côté ludique de son élaboration. J’envisageais plus l’opportunité de présenter les nombreuses facettes qui me passionnent, dans travail que nous développons pendant les formations que j’anime, que la complexité d’écrire vingt-six textes nécessairement brefs et toutefois explicites, présentant un minimum de cohérence et de cohésion. Je ne suis pas sûr d’avoir réussi pleinement mon entreprise.

Si j’ose présenter ce pense-bête [1] à la lecture publique, c’est qu’inachevé il motivera peut-être un lecteur à en parler ou à le réécrire, dans la perspective d’un échange avec ses collègues sur la pratique professionnelle de leur équipe. Si cela arrive, j’aimerais le savoir et cela suffira à justifier les heures que j’ai passées à ne pas finir ma très ambitieuse dissertation.

A

- Accoucher
— donner naissance,
— aider une femme à mettre un enfant au monde.

Il est fréquent d’entendre une femme dire qu’elle vient « se faire accoucher », pourtant, en dehors de toute pathologie, elle « accouche ». Elle trouve le geste, ce mouvement totalement inhabituel, qui lui permet de déplacer son enfant, de son utérus jusqu’à l’extérieur de son corps. D’une certaine manière et entre d’autres aspects, elle peut apprendre ce geste pendant sa grossesse et ainsi préparer son accouchement, sur le plan de l’anatomie fonctionnelle. Une femme doit être reconnue et confortée dans sa capacité à être actrice de son accouchement, même sous analgésie péridurale. La volonté de l’aider, a priori, revient à présupposer son incapacité à faire seule et à pronostiquer son échec probable sans cette aide.

La naissance est un événement que les couples aspirent à vivre pleinement. Ils revendiquent, pour cela, un espace de convivialité, de respect et de confiance. Ne trouvant pas toujours ces conditions propices à une mise au monde bien vécue, dans certaines régions, l’accouchement à domicile trouve les bases solides d’un développement. Les excès de la technicité médicale sont ainsi rejetés et les bases d’un contexte relationnel favorable privilégiées.

Pour éviter une situation extrême et pour établir une coopération efficace, la tâche des femmes et la fonction des sages-femmes sont énoncées de façon explicite. La femme a nécessairement le rôle premier, la sage-femme un rôle second, elle l’assiste, elle l’accompagne  [2]. Voir P.

B

- Bassin
— Anat. Ceinture osseuse qui forme la base du tronc, chez les vertébrés supérieurs et l’homme.

La bascule du bassin, ou rétroversion, est le mouvement qui rapproche le pubis du sternum. La position rétroversée du bassin facilite le passage de l’enfant au moment de sa naissance. Elle permet également de placer l’utérus plus bas dans l’abdomen, en fin de grossesse. Elle est aussi, très souvent, préconisée pour lutter contre les douleurs lombaires, mais il vaut mieux allonger la partie basse de sa colonne vertébrale que forcer dessus à partir de son bassin.

Tellement proposée qu’elle est devenue un élément caricatural de la préparation de la naissance, la bascule du bassin est systématiquement demandée associée à l’expiration. Cela n’est pas opportun. Cette association oblige à réaliser ce mouvement avec les grands droits de l’abdomen et les fibres longues des grands obliques, par une traction du bas vers le haut. Dans le même temps, il faudrait que la femme réalise, avec les mêmes muscles, un mouvement du haut vers le bas, pour abaisser ses côtes et donc son utérus, ou pour déplacer son enfant vers sa vulve. Deux mouvements de sens opposés, en même temps, avec les mêmes muscles, cela est impossible. Mieux vaut s’exercer à neutraliser ses abdominaux pendant le mouvement de rétroversion ou à placer son bassin par un équilibre tonique fessiers-abdominaux sur le temps de l’inspiration. Voir L, U.

C

- Contraction
— Physiol. Diminution de volume ou de longueur (d’un muscle, d’un organe).

En Inde, les gens disent : « Je suis Yoga ». Nous, nous allons à la Sophro. Un monde sépare nos façons d’être, nos relations avec notre corps et avec son activité. Notre représentation d’une contraction musculaire est, en occident, le biceps saillant exhibé par l’Apollon des foires. Une image statique évoquant la force, l’effort. En orient, c’est un mouvement qui est présenté, la flexion de l’avant bras sur le bras, par exemple. La nature de nos habitudes et de nos représentations mentales initie nos capacités d’action.

La défécation est une action souvent associée à celle de l’expulsion. Consciemment ou non, elle est une référence, car les deux situations présentent des similitudes. Pour les femmes occidentales, il s’agit de faire sortir de leur corps des selles dures et compactes composées d’éléments plus gros que l’orifice par lequel ils doivent passer, d’où cette notion d’effort à fournir. Les Asiatiques ont une alimentation différente, elles excrètent des matières molles en faisant un mouvement très différent.

Nous retrouvons ces écarts concernant les gestes habituels et la représentation d’une contraction dans l’approche de l’expulsion : l’occidentale, repliée, les coudes en rameur, la tête baissée, tirant sur ses bras, bloquant et poussant, et l’Asiatique, proche de la position du Lotus, abaissant son thorax en laissant échapper l’air de sa bouche. La première fournit un effort statique, en fabriquant de l’air comprimé, la seconde produit un mouvement. Les attitudes et leurs conséquences diffèrent notablement. Voir I, R.

D

- Dystocie
— Accouchement laborieux, pénible. Dystocie par anomalie de contraction, de dilatation.
— Dystocie de nature pathologique, anatomique ou fonctionnelle. Antonyme : eutocie.

Les dystocies concernent environ 10% des naissances et n’entrent pas dans le champ de cet abécédaire.

- Diaphragme
— Muscle très large et très mince qui sépare le thorax de l’abdomen.

Encore citée comme le moteur de l’expulsion, l’action supposée vers le bas de ce muscle contribue à pérenniser la proposition « inspirez ! bloquez ! poussez ! ». Or, le diaphragme ne peut réaliser ce mouvement vers le bas car il ne peut se déplacer dans cette direction. Il s’insère sur la base du thorax qui lui sert de point fixe au début de sa contraction. Dans un premier temps, le centre phrénique tend à s’abaisser, mais rencontrant très vite la résistance que lui offre le contenu abdominal, il prend appui dessus, devient le nouveau point fixe, ce qui permet au diaphragme d’élever les côtes. Comment un muscle dont les insertions s’élèvent pourrait-il déplacer, en même temps, un bébé vers le bas ? Voir I, R.

- Diaphragme pelvien ou périnée

En fait, au moment de l’accouchement, tout concours à la contraction excessive du périnée : sa synergie avec les grands droits de l’abdomen qui ne manquent pas d’être contractés pendant les efforts expulsifs, la pression abdominale augmentée pendant le blocage respiratoire, la proposition de pousser qui impose l’organisation d’une résistance, l’appui de la tête du bébé, le laminage du rectum donnant à la femme la sensation qu’il est plein, le fait de relever et de maintenir la tête qui oblige la contraction excentrique des grands droits de l’abdomen, les doigts d’une sage-femme posés sur lui …

La pertinence consiste à ne pas contribuer à l’augmentation de la tension du périnée en proposant des positions ou des consignes mal adaptées. Voir C, I, R.

E

- Espace psychoprophylactique

« L’espace psychoprophylactique est une conception de l’accompagnement de la maternité, capable d’assurer la sécurité psychologique de la mère, du père et de l’enfant. A l’écoute de la femme et de l’homme, l’équipe prend en compte leurs angoisses, leurs imaginations et leurs attentes. Elle respecte leur liberté, leurs désirs, leurs contradictions et favorise la maturation des sentiments maternels et paternels. L’équipe soutient aussi l’interaction de leurs comportements, de leurs vécus et de leurs relations. Ainsi les rapports entre les parents, l’enfant et l’entourage s’améliorent. » [3] Voir A, N, P.

F

- Femme
— Etre humain appartenant au sexe capable de concevoir les enfants, à partir d’un ovule fécondé.

Avant d’être enceinte la femme est une femme. Si cela paraît évident, cela semble difficile de respecter cette affirmation dans les faits quotidiens. La prise en compte des aspects spécifiques d’une femme pendant la grossesse est primordiale mais continuer à s’intéresser à la femme qu’elle est reste essentiel. L’intérêt de se détendre, de se relaxer, d’allonger sa colonne vertébrale, de placer son bassin, d’exercer ses mouvements respiratoires, … n’est pas spécifique à une femme enceinte, mais commun à tous les humains soumis à notre vie trépidante. Ne s’intéresser qu’au fait qu’elle est enceinte peut aboutir, involontairement, à simplifier, à morceler, à réduire une femme à sa grossesse. Cela n’est jamais structurant pour elle. Voir A, G, H, N, P.

G

- Grossesse
— Etat d’une femme enceinte, de la conception à l’accouchement.

La spécificité anatomique d’une femme enceinte est qu’elle porte un utérus gravide, mais ce n’est pas la seule transformation qu’elle vit. Les aspects psychique, relationnel, sensoriel, tonique et moteur de sa personne sont mobilisées. Pendant cette période une femme change. L’accompagner c’est la laisser s’exprimer sur cette évolution et la prendre en compte dans chacune de ces dimensions, selon son rythme et selon ses motivations. Voir A, F, U.

H

- Homme
— Etre humain mâle, et (le plus souvent) adulte.

Quand il est le père de l’enfant à naître, il peut partager le premier rôle avec sa femme ou sa compagne. Longtemps écarté des « affaires » de la grossesse et de la naissance, puis progressivement accepté, il échappe difficilement, aujourd’hui, à une présence, souvent mal définie et parfois mal vécue, dans la salle de naissance.

Il participe de plus en plus activement aux événements qui jalonnent la grossesse : les inquiétudes, les angoisses, les joies, les consultations, les échographies, les activités proposées aux femmes et aux couples, la préparation à la naissance, les groupes pour les pères, la naissance …Il prépare l’arrivée de son enfant à sa façon, pour soutenir et accompagner sa femme, mais aussi pour lui-même, en suivant son cheminement vers la parentalité. Sa place importante n’est pas toujours suffisamment reconnue et accordée, par les professionnels de la naissance, pour qu’il donne, dans tous les cas, la pleine mesure de ses capacités humaines, de partage et de sécurisation, auprès de sa compagne. Voir A, F, N, P.

I

- Inspirez ! Bloquez ! Poussez !

« Inspirez ! » Premier temps et première difficulté de la proposition. Nous utilisons au moins deux façons d’inspirer : avec le diaphragme ou avec les muscles élévateurs des côtes. Ces deux mouvements ont des effets différents : lorsque le diaphragme agit, l’abdomen se bombe, son contenu est propulsé vers l’avant et vers le bas. Lorsque les pectoraux sont les acteurs de l’inspiration, il se creuse, son contenu reflue vers l’arrière et vers le haut. Dans le contexte de l’accouchement, l’utilisation du diaphragme est plus judicieuse, car l’orientation du geste est meilleure, mais cela ne suffit pas pour qu’une femme mette en œuvre cette inspiration. Bien sûr, elle peut l’apprendre et la contrôler, mais si un professionnel lui demande de tenir les barres de la table de naissance, elle fixe ses épaules et rend prépondérante l’utilisation des pectoraux pour l’inspiration. A ce moment, le fœtus reflue dans l’abdomen. Ce mouvement est observable au moment où la tête du bébé, arrivée à la vulve, remonte lorsque la femme inspire. Tel est le fonctionnement global du corps. Son corollaire est la nécessité d’observer la personne dans sa globalité, et non partiellement. Voir R, V et W.

« Bloquez ! » (boucher, obstruer, bloquer le passage.) C’est le point déterminant et iatrogène de la méthode. C’est à la glotte que la femme effectue le blocage, après une grande inspiration, mais sur le temps expiratoire. C’est parce que la glotte est fermée, et que l’air ne peut sortir, qu’elle éprouve le blocage. C’est aussi une façon efficace d’attirer inutilement son attention vers le haut au moment où il est important qu’elle se concentre sur le geste qu’elle doit organiser avec ses abdominaux, pour déplacer son enfant vers le bas.

Après avoir bloqué la sortie de l’air, la femme doit pousser. Elle contracte ses abdominaux, réduisant ainsi le volume thoracique, ce qui a pour effet d’augmenter la pression thoracique. La proposition « Inspirez ! Bloquez ! Poussez ! », et notamment le fait de bloquer, sert à fabriquer de l’air comprimé. La haute pression ainsi créée dans le thorax est intégralement transmise dans l’abdomen, mais elle ne suffit pas pour faire progresser le bébé vers le bas. Pour ce résultat, un gradient de pression est nécessaire, la pression doit être plus importante en haut de l’abdomen qu’en bas.

Quoiqu’il en soit, cette surpression a pour conséquence immédiate l’augmentation de la tension du périnée qui reste l’obstacle à franchir. Voir C, D, R, T.

« Poussez ! » Nous poussons toujours sur quelque chose qui nous résiste. Dans les autres cas, nous déplaçons. En réponse à cette proposition, la femme pousse avec ses abdominaux sur la résistance qu’elle organise nécessairement. Dans un premier temps, la femme pousse souvent sur sa glotte. Lorsque l’effort est orienté vers le bas, c’est son périnée qui résiste. Pour que l’enfant sorte, la femme doit pousser plus fort avec ses abdominaux qu’elle résiste avec son périnée. Elle doit aussi porter son geste au-delà de son périnée, et non sur celui-ci, comme elle est souvent invitée à le faire par une sage-femme qui pose deux doigts sur sa vulve.

Nous pouvons nous interroger sur les conséquences pour le périnée de cette surpression et sur le fait qu’un muscle, qui n’est pas en extrême tension, ne se déchire pas.

Physiologiquement, la méthode est iatrogène. En cardiologie, elle s’appelle la méthode de Valsalva et sert à étudier la résistance cardiaque d’un individu, en créant une défaillance. Pour cette raison, l’expulsion doit être rapide, dans l’intérêt de la femme et de l’enfant.

Cependant, la proposition : « Inspirez ! Bloquez ! Poussez ! » devient pertinente, ponctuellement, lorsqu’une tête se présente mal – la dépression abdominale haute qui, lors de l’inspiration, fait remonter le bébé, peut entraîner une meilleure présentation de la tête, lors de la progression suivante – ou dans le cas d’un siège, pour expulser la tête dernière alors inaccessible aux abdominaux. Voir D, M, R, V, W.

J

- Jour de la naissance

Une femme donne du sens à ses contractions utérines. Au terme d’une longue succession de contractions, elle détermine que l’une d’entre elles annonce le début du travail. La répartition statistique des naissances dans le monde, montre que, si le terme s’inscrit dans la période d’une convergence de facteurs favorables, le contexte culturel et social influe de façon déterminante sur le début du travail. Les deux grands pics du nombre des naissances dans la semaine, encadrent systématiquement le jour chômé : le dimanche en France, le samedi en Grande Bretagne, le vendredi dans les pays du Maghreb ( sauf le Maroc dont le jour chômé est le dimanche ). D’autre part, si une femme attend des contractions douloureuses pour constater le début de son travail, elle peut ignorer les signes qui pourraient l’alerter sur ce début d’activité efficace de son utérus : « Je n’ai rien senti, je n’ai rien compris. » Voir A, K, U.

K

- Kinesthésie
— du grec kinésis, mouvement et aisthésis, sensation.
— Sensation interne du mouvement des parties du corps assurée par la sensibilité profonde des muscles et par les excitations du labyrinthe de l’oreille interne.

Lorsque l’animateur, le professionnel, s’appuie sur ses sensations pour formuler une proposition, les conséquences de cette procédure sont parfois fâcheuses. Par exemple, dans la salle de naissance, chacun pousse très bien, le mari, le médecin, la sage-femme, l’auxiliaire, …sauf la femme qui accouche. C’est à se demander pourquoi elle ne réussit pas ce qui semble si simple, si évident.

En fait, elle est la seule à faire autre chose. Elle est la seule à déplacer son enfant et elle a, bien évidemment, un autre geste à réaliser que toutes les personnes présentes. Ses perceptions et les représentations de ce qu’elle doit accomplir sont également bien différentes de celles de son entourage. Alors comment pourrait-elle utiliser ce que ressentent les autres pour réussir un mouvement efficace ? Voir I, K, S, O.

L

- Lombalgie
— Douleur lombaire, quelle qu’en soit la cause (rénale, vertébrale, nerveuse...).

La partie lombaire de la colonne est la plus souvent citée pour évoquer des douleurs vertébrales. Pour soulager ces maux, parfois associés à une sciatique [4] ou à une cruralgie [5], il est conseillé d’allonger sa colonne, de lui donner sa plus grande longueur, en éloignant ses ischions [6] de son thorax, par un lent mouvement de reptation dorsale. Cette manœuvre montre, à l’observation ou à la radiographie, l’espacement des corps vertébraux et le rapprochement des apophyses épineuses [7] du support ferme sur lequel la personne est en décubitus. A partir de cette position, le bassin étant fixé, l’exercice peut être poursuivi aux niveaux dorsal et cervical, en éloignant tout d’abord chaque étage de côtes du bassin, par un lent mouvement de reptation dorsale, puis en mettant à distance de son thorax le contact de son crâne sur le support. Les voussures étant ainsi réduites, les muscles situés sur la partie concave des courbures habituelles – notamment les masses sacro-lombaires et le long du cou - sont étirés et résistent, parfois douloureusement, à l’allongement de chaque partie de la colonne. Le maintien régulier de cette posture, en recherchant la détente musculaire générale et en y associant des massages, améliore souvent les douleurs dites vertébrales. Voir B, X, Y, Z.

M

- Méthode
— Ensemble de démarches (ou de dispositions) raisonnées, suivies dans une activité donnée.

Pour qu’une femme reste actrice de son accouchement, laissons-lui l’initiative. Ne lui disons pas ce qu’elle doit faire, demandons lui ce qu’elle va faire. Elle a sûrement envisagé une stratégie et peu importe, dans ces conditions, le geste qu’elle compte réaliser, il sera toujours temps de l’ajuster si nécessaire. Appuyons-nous sur ce que la femme qui est là propose. Initions un espace relationnel qui permette d’aider, si besoin, cette femme à donner plus d’efficacité à son geste. Si elle n’a pas réfléchi à ce qu’elle a à faire et/ou si elle attend tout de nous, notamment l’activité qu’elle devra en fait mettre en œuvre elle-même, il est indispensable d’expliciter notre rôle second à ses côtés et de la soutenir comme protagoniste.

Plus qu’une méthode à suivre sans discernement, il s’agit, dans ce contexte, de s’inscrire dans une logique. Déplacer son bébé en rapprochant ses côtes vers le bassin est un mouvement pertinent sur les plans mécanique et physiologique et sur le plan de la représentation mentale. C’est un geste qui s’apprend instantanément pendant la grossesse, après avoir repéré la base de son thorax et ses crêtes iliaques. Il s’effectue sur un temps expiratoire, donc sur une moindre tension périnéale. Pas d’acidose, la femme et l’enfant sont en permanence oxygénés. Tous ces signes présagent un contexte favorable.

« Mais l’expulsion n’est-elle pas plus longue ainsi ? ». Même s’il n’existe aucune raison pour cela, c’est un faux problème. La référence reste l’« Inspirez ! Bloquez ! Poussez ! » qui n’est pas, a priori, plus rapide, mais qui doit être une procédure rapide car elle est iatrogène. Voir I, O, P, R.

N

- Négation
— Acte de l’esprit qui consiste à nier, à rejeter un rapport, une proposition, une existence ;
— expression de cet acte. Par ext. Action, attitude qui va à l’encontre d’une chose, qui n’en tient aucun compte.

Nier les capacités d’une femme c’est parler de LA femme enceinte, c’est lui dire que nous allons l’accoucher, que son bébé est haut (ou bas), … c’est lui exposer ce que nous allons lui faire, c’est ne pas lui expliquer ce qu’elle peut faire, c’est la réduire à l’objet partiel qu’elle porte : « la MAP du 12 … » ou « la césarienne du 8 », c’est ne pas créer le contexte qui lui permette de rester active, c’est ne pas mettre en place un véritable espace de communication, …

Justifier et pérenniser sa façon de faire en s’appuyant sur les nombres et sur les statistiques, en rejetant d’autres propositions ou en refusant la moindre ouverture peut amplifier la négation d’une femme : « De fait, les enfants sortent tous avec cette méthode ! », « Si cette technique était iatrogène, elle serait moins utilisée ! »

Attention ! « La statistique est au scientifique ce que le réverbère est à l’ivrogne, elle le soutient mais ne l’éclaire pas [8]. » Par exemple, en France, un couple a environ cinq mille rapports sexuels pendant sa vie conjugale et 1,72 enfants. Ce qui donne la mesure de un rapport fécondant sur 3 000. Statistiquement, la relation sexuelle n’est pas un facteur déterminant dans la fécondation. Et oui, faire dire n’importe quoi aux statistiques, c’est possible. Voir M, P, R, U.

O

- Observer
— Considérer avec une attention soutenue, afin de connaître, d’étudier ...
— Examiner, regarder (quelqu’un) avec attention.

L’observation est un support pour l’accompagnateur, notamment lorsqu’il choisit l’interaction parmi ses outils de travail. C’est la considération attentive d’une personne, d’un phénomène, d’un événement. C’est aussi l’enseignement que l’on en tire. Pour être exploitable, l’observation doit s’inscrire dans un projet définissant, au moins, l’objectif et les moyens d’action. L’objectif est la naissance de l’enfant, les moyens d’action se confondent avec ce qui est communément appelé les « méthodes d’accouchement ».

L’inadéquation entre les moyens d’action et leur évaluation est une cause fréquente de l’échec des pratiques qui s’éloignent de l’« Inspirez ! Bloquez ! Poussez ! ». Une sage-femme, ou un médecin, qui pratique un toucher vaginal, pendant l’effort expulsif sur un blocage respiratoire, perçoit la pression et la poussée vers le bas de tous les liquides. Inutile de voir l’attitude tendue de la femme pour savoir qu’elle fait quelque chose, même si son action n’est pas efficace. Le même toucher pendant qu’une femme déplace son bébé en rapprochant ses côtes de son bassin, ne donne pas une perception identique et peut laisser penser au néophyte ou à l’incrédule que cette femme ne fait rien. Un peu de patience permettra de constater, lors du prochain examen, que la tête de l’enfant progresse. La région à observer est, dans ce cas, la base du thorax qui se rapproche de plus en plus du bassin : l’efficacité est là. Voir I, M, P, R.

P

- Projet
— Didact. Manière dont on envisage de traiter, d’appréhender un problème.

Le projet est une œuvre collective qui permet à chacun de trouver sa place et l’orientation de sa participation aux tâches de l’équipe. Son élaboration amène ses porteurs à partager leurs croyances pour choisir, ensemble, le chemin qu’ils vont suivre. Former un projet, c’est écrire, en quelque sorte, la plus petite utopie commune à l’équipe. Voir autre article dans ce numéro des Dossiers de l’Obstétrique : « Un projet qui soutient les fonctions d’animatrice et d’accompagnatrice de l’équipe et des sages-femmes ».

Q

- Question
— Action de s’adresser à quelqu’un pour en apprendre quelque chose, en énonçant une phrase logiquement incomplète qui appelle soit un complément, soit une confirmation ou une dénégation (la réponse) ; l’énoncé lui-même.

Dans le contexte de l’accompagnement, il est bon de ne pas se précipiter pour répondre à une question. Pour aider une femme, ou son compagnon, ou, plus largement, le groupe, à rester acteur de sa recherche, mieux vaut lui renvoyer sa question : « Où en êtes-vous de votre réflexion à ce sujet ? ». Lorsque l’auteur de la question s’est exprimé sur le thème, il est intéressant de demander l’avis des personnes présentes, le conjoint, le groupe. Un débat peut s’instaurer, bien plus riche que la seule réponse du premier destinataire de la question, et surtout, plus impliquant pour son auteur. Le professionnel, l’animateur, peut, bien sûr, contribuer aux échanges, après que chacun se soit exprimé et dans le souci d’élargir le champ possible des réponses. Ainsi, tous les participants à cette discussion peuvent trouver leur réponse à la question posée.

Si cette façon de procéder contraint ce que l’on appelle facilement la spontanéité de l’animateur, elle lui évite de ne traiter qu’une partie du sujet le concernant personnellement, ignorant peut-être d’autres aspects sous-jacents dans l’interrogation. Elle a aussi l’avantage de ne pas « alimenter » systématiquement un couple ou les personnes d’un groupe et de laisser chacun cheminer activement, au gré de l’évolution de ses représentations mentales. Voir P, S.

R

- Rapprochez vos côtes de votre bassin

Ceux qui ont souhaité trouver une consigne plus pertinente que « Inspirez ! Bloquez ! Poussez ! » ont pensé à « soufflez ! », sans doute parce que les acteurs de la respiration sont les muscles les plus proches voisins de l’utérus. Cette consigne présente le même premier inconvénient que la proposition précédente : si « Inspirez ! » autorise au moins deux réponses, « soufflez ! » en autorise plusieurs.

Ce n’est pas l’air qui sort de la bouche qui déplace le bébé, mais l’action des abdominaux du haut vers le bas. Comment faites-vous un tel geste ? La plupart des personnes répondent : « en soufflant », parce que nous avons besoin d’une représentation pour organiser un mouvement. Mais comment faites-vous pour souffler ? Une réponse est plus dure à trouver. Toutes les représentations sont évoquées. Certains disent : « En contractant mes abdominaux. », « en tirant mes côtes vers le bas. »

En fait, l’action efficace des abdominaux du haut vers le bas, la seule qui puisse déplacer le bébé vers la sortie, est obtenue en rapprochant ses côtes de son bassin. L’expiration se déroule en même temps, mais reste un épiphénomène sur lequel il n’est pas judicieux de centrer l’attention de la femme.

La femme n’interrompant pas sa respiration, rien ne presse lors de l’expulsion. Sa durée n’est pas, pour autant plus longue. Le déplacement de l’enfant progressant sur le temps expiratoire, la tension du périnée est moindre et la tête arrivée sur la vulve ne remonte pas. Voir C, D, I, R, U.

- Respiration

Les muscles de la respiration sont les voisins de l’utérus. Pour cette raison, ils ont été impliqués dans des méthodes dites d’expulsion. La proposition « Inspirez ! Bloquez ! Poussez ! » n’étant pas satisfaisante, la tentation a été grande de proposer l’expiration. Mais dans cette situation, souffler n’est pas jouer [9].

Ce n’est pas l’air qui sort de la bouche qui déplace le bébé, c’est l’action motrice des abdominaux. « Rapprochez vos côtes de votre bassin » est une proposition pertinente car elle est le plus court chemin entre l’intention, ou la demande de l’accompagnant, et la réalisation aboutie. L’expiration est un épiphénomène lié à la double action de ces muscles, c’est le mouvement qu’ils réalisent, du haut vers le bas, des côtes vers le bassin, qui est efficace pour la progression de l’enfant. « Soufflez » est une consigne qui n’obtient pas un résultat immédiat car elle est la représentation de nos différentes façons d’expirer dont une, strictement opposée au geste attendu, à la manière d’un trompettiste qui dirige sa colonne d’air vers l’embout de son instrument, par un mouvement du bas vers le haut de ses abdominaux.

D’autre part, lorsque la femme a trouvé la façon de souffler qui permet de bien orienter le mouvement, encore faut-il qu’elle aille au-delà de l’amplitude de son expiration habituelle, autrement dit, qu’elle rapproche ses côtes de son bassin. Voilà pourquoi la méthode de la « poussée soufflante » manque de sûreté et a été discréditée : elle porte le concept de pousser décrit plus haut, et attire l’attention sur le souffle et non sur l’action des abdominaux. Voir C, I, S, R, V.

S

- Solution
— Opération mentale qui, en substituant une pluralité analysable à un ensemble complexe d’éléments entremêlés, parvient à surmonter une difficulté, à résoudre une question, un problème théorique ou pratique ; résultat de cette opération, les connaissances qu’elle implique et la réalité qui y correspond.

Les solutions motrices que nous trouvons, pour répondre aux obligations existentielles, quotidiennes ou plus ponctuelles, que nous rencontrons, ne sont pas en rapport avec la nature mais avec nos habitudes.

Si nous acceptons l’évidence que d’autres apportent des réponses différentes aux problèmes qui nous sont posés, et que ces solutions sont tout aussi, voire mieux adaptées, nous trouverons des réponses plus respectueuses de l’anatomie fonctionnelle, de la physiologie et de la représentation mentale des femmes, dans le contexte de la grossesse et de l’accouchement. Voir C, I, R.

T

- Tonus
— Physiol. Tonus musculaire : état de légère tension des muscles au repos, résultant d’une stimulation continue de leurs nerfs moteurs.

Une notion erronée très répandue est que nous pouvons, à loisir, détendre un muscle, faisant fi du tonus de celui-ci. L’espérance folle est qu’un muscle, assurant la continence et le maintien des organes, depuis des années, devient perméable pour faciliter le passage de l’enfant, sur la base de la volonté ou, éventuellement, du travail et de l’apprentissage pendant la grossesse. Lorsque nous demandons à une personne de relâcher son périnée, elle le contracte nécessairement, car c’est la seule façon possible de l’éprouver, puis elle le décontracte, c’est à dire qu’elle le prive de la contraction organisée précédemment, la perception de relâchement peut être ressentie mais la tension du muscle redevient identique à celle de départ.

U

- Utérus
— (Chez la femme). Organe situé dans la cavité pelvienne, entre la vessie et le rectum et au-dessus du vagin, destiné à contenir l’œuf fécondé jusqu’à son complet développement.

« Ton bébé est haut ! » Voilà une petite phrase assassine sous son air anodin. Elle confirme une femme enceinte dans sa passivité. « Puisqu’il est haut, j’attends. » Or, comment peut-il être haut ou bas ? La tête sur le segment inférieur, les fesses sur le fond - ou le contraire - il occupe, en tous cas pendant le troisième trimestre, la totalité du volume utérin. C’est l’utérus qui est haut ou bas, parce que la femme le porte haut ou bas. Et voilà cette femme actrice de l’événement !

En général, tout au long de sa grossesse, une femme n’a pas le sentiment de faire quelque chose de particulier pour rester enceinte. Mais, autour du cinquième mois, alors que l’utérus devient plus volumineux mais surtout plus lourd, les ligaments n’assurant plus sa suspension, il faut bien que les abdominaux le soutiennent. Ce portage est une fonction fondamentale que développe les femmes pendant leur grossesse. La position de l’utérus dans l’abdomen est liée à la tonicité des muscles abdominaux et à l’impact de cette tonicité sur l’ensemble : bassin-colonne vertébrale-thorax. Il est intéressant que les femmes connaissent et exploitent cette nouvelle fonction car, si en général elles replacent spontanément leur utérus selon leur activité, il leur arrive de ne plus le faire et cela se traduit souvent par un inconfort immédiat.

L’observation de la place de l’utérus, associée à une consigne de mettre de l’espace ou non, en haut de son abdomen – évaser ou resserrer ses côtes – aide les femmes à comprendre leur capacité à porter leur utérus plus ou moins haut. Porter son utérus haut permet de libérer sa marche, le porter bas libère le diaphragme et donc la respiration selon la position globale du corps, selon le contexte.

En pratiquant ces mouvements, les femmes améliorent leur confort. Elles préviennent une menace d’accouchement prématuré, en portant leur utérus haut en début de grossesse, et préparent leur accouchement en plaçant très bas leur utérus en approchant du terme. Une menace d’accouchement prématuré présente trois signes simultanément : une présentation basse, des contractions et une modification du col. La présentation basse, générant l’ampliation du segment inférieur, est à l’origine de la modification du col. En remontant son utérus, en le soutenant avec ses abdominaux, une femme peut, généralement, effacer cette menace. Dès le début du dernier mois de la grossesse, la meilleure place de l’utérus se trouve le plus bas possible dans l’abdomen. Le fœtus, n’étant plus soutenu par la sangle abdominale, appuie sur le segment inférieur de l’utérus et entraîne son ampliation, préparant ainsi l’ouverture du col. Voir B, C, R.

V

- Valsalva
— épreuve, manœuvre ou test de, 1850.

Effort bloqué d’expiration forcée, effectué nez et bouche fermés, après une inspiration profonde. Il provoque une augmentation de la pression pulmonaire et de la pression veineuse périphérique, une bradycardie initiale avec diminution du volume du cœur et des gros vaisseaux, puis une tachycardie avec augmentation de volume du cœur [10]. Voir I, W.

W

- Weber
— épreuve de, synonyme de l’épreuve de Valsalva. Voir V.

X, Y, Z

- X (différentes) techniques corporelles : Yoga, Zen, …

Toutes les techniques corporelles, bien connues, bien intégrées, sont d’excellents supports de travail, pour les professionnels qui accompagnent les femmes et les couples qui préparent la naissance de leur enfant, dans la mesure où les propositions qui en découlent restent respectueuses des personnes, et à la condition qu’elles s’inscrivent dans une dimension prenant en compte l’anatomie fonctionnelle, la physiologie, les représentations mentales, le cheminement, le rythme et les buts de chacun. Bref, quand ces techniques deviennent un média de communication. Dans un contexte eutocique, aucune technique ne doit prendre le pas sur l’interaction et sur le rôle premier de la femme et de l’homme qui l’accompagne. Les activités s’appuyant sur ces techniques sont centrées globalement sur les femmes qui y participent. Dès qu’il s’agit d’aborder spécifiquement la grossesse et l’accouchement, il est judicieux de s’inscrire dans la logique d’un mouvement pertinent à réaliser. Voir B, R, U.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 270 / Mars 1999 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique


[1] Chose, marque destinée à rappeler ce qu’on a projeté de faire.

[2]
- Assister : se tenir auprès de quelqu’un pour le seconder dans sa tâche,
- Seconder : suivre, favoriser les actions de quelqu’un, épauler, aider en tant que second,
- Aider : appuyer quelqu’un en apportant son aide,
- Appuyer : fournir un moyen d’action, une protection, un soutien à quelqu’un,
- Guider : accompagner en montrant le chemin,
- Accompagner : se joindre à quelqu’un pour aller où il va.

[3] Dr Emmanuel Galactéros, « Aide-moi à te mettre au monde et à t’aimer », Edition Denoël Gonthier.

[4] Douleur sur le trajet du nerf sciatique par inflammation ou par compression de ses racines à leur émergence du canal vertébral, pouvant s’accompagner d’une faiblesse musculaire. La sciatique peut avoir des causes très diverses : névrite du nerf sciatique, rhumatisme, hernie d’un disque intervertébral, ostéite, diabète, goutte, etc.

[5] Douleur sur le trajet du nerf crural.

[6] Anat. Partie de l’os iliaque, en bas et en arrière du bassin.

[7] Eminence à la surface postérieure d’une vertèbre.

[8] Auteur inconnu par le rédacteur de cet article.

[9] Voir articles « Souffler n’est pas jouer », dans les Dossiers de l’Obstétrique n° 210 et n° 222.

[10] Dictionnaire des termes techniques de médecine Garnier et Delamare, 18ème édition, Maloine.

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